Dans la leçon précédente, nous avons dit beaucoup de choses sur Dieu : qu'il est Créateur, qu'il a un nom, qu'il est saint, qu'il est amour. Et chaque fois, nous l'avons appuyé sur une citation. Moïse, Ésaïe, Jean, Paul : nous avons fait comme si leurs paroles disaient vrai sur Dieu lui-même.
Mais de quel droit ? Ce sont des hommes qui ont écrit ces textes, il y a deux à trois mille ans, dans des langues que nous ne parlons plus. Pourquoi un livre ancien aurait-il autorité sur la manière dont je vis aujourd'hui ? C'est la question de cette leçon, et elle mérite une réponse honnête.
Si vous arrivez directement sur cette leçon, l'introduction du parcours présente les neuf étapes et la manière de les suivre.
#Un livre, ou une bibliothèque ?
Commençons par les faits, que tout le monde peut vérifier, croyant ou non.
La Bible n'est pas un livre, c'est une bibliothèque. Le mot lui-même vient du grec biblia, « les livres », au pluriel. Elle rassemble 66 livres : 39 dans l'Ancien Testament, écrits avant la venue de Jésus, et 27 dans le Nouveau Testament, écrits après.
Ces livres ont été rédigés par une quarantaine d'auteurs, sur une quinzaine de siècles, de Moïse à l'apôtre Jean, et dans trois langues : l'hébreu pour l'essentiel de l'Ancien Testament, l'araméen pour quelques chapitres (dans Daniel et Esdras), et le grec pour le Nouveau Testament.
Les auteurs ne se ressemblent pas. Il y a des rois (David, Salomon), un berger (Amos), un pêcheur (Pierre), un collecteur d'impôts (Matthieu), un médecin (Luc), un ancien rabbin (Paul). Les genres non plus : récits historiques, lois, poèmes, proverbes, prophéties, biographies, lettres, visions.
Et pourtant, ce n'est pas un recueil de textes religieux mis bout à bout. C'est une seule histoire, qui a un début, un nœud et une fin :
- Dieu crée un monde bon (Genèse 1-2) ;
- l'homme se détourne de lui, et tout se brise (Genèse 3) ;
- dès ce moment, Dieu promet un Rédempteur (Genèse 3:15), puis prépare sa venue à travers Abraham, Israël, la Loi et les prophètes ;
- ce Rédempteur vient : c'est Jésus-Christ, mort et ressuscité (les Évangiles) ;
- son message est annoncé au monde (les Actes et les lettres) ;
- et l'histoire s'achève sur un monde renouvelé, où Dieu habite avec les hommes (Apocalypse 21-22).
Jésus lui-même lisait l'Ancien Testament de cette manière. Après sa résurrection, il rejoint deux disciples découragés sur la route d'Emmaüs :
Luc 24:27 (LSG)
Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
Quarante auteurs, quinze siècles, trois continents, et un seul fil qui mène à une seule personne. Aucun comité de rédaction n'aurait pu organiser cela. C'est le fait que toute explication de la Bible doit expliquer.
#Pourquoi l'appeler « Parole de Dieu » ?
La réponse chrétienne tient en une phrase : derrière les auteurs humains, il y a un auteur divin. La Bible le dit d'elle-même dans deux textes clés.
2 Timothée 3:16-17 (LSG)
Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre.
Le mot « inspirée » est trompeur en français. Nous disons d'un poète qu'il est « inspiré » quand il écrit au sommet de son talent. Paul veut dire tout autre chose.
Le mot grec traduit « inspirée de Dieu » est θεόπνευστος — theopneustos. Il est formé de theos, Dieu, et de pneō, souffler. Il signifie littéralement « soufflé par Dieu ».
La direction compte. Paul ne dit pas que Dieu a soufflé dans des textes humains pour les rendre plus spirituels. Il dit que l'Écriture est sortie du souffle de Dieu, comme une parole sort de la bouche de celui qui parle. C'est ce que Jésus appelle « toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4:4).
Le second texte explique comment cela s'est passé :
2 Pierre 1:20-21 (LSG)
Sachant tout d'abord vous-mêmes qu'aucune prophétie de l'Écriture ne peut être un objet d'interprétation particulière, car ce n'est pas par une volonté d'homme qu'une prophétie a jamais été apportée, mais c'est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu.
« Des hommes ont parlé » : ce sont bien des hommes, avec leur caractère, leur vocabulaire, leur époque. « Poussés par le Saint-Esprit » : c'est bien Dieu qui les conduit là où il veut.
Le mot traduit « poussés » est φερόμενοι — pheromenoi. Luc emploie le même verbe pour un navire pris dans la tempête, que le vent emporte (Actes 27:15, 17). L'image est parlante : les marins sont toujours à bord, ils manœuvrent, ils travaillent. Mais c'est le vent qui décide où va le bateau.
Cela explique pourquoi la Bible est à la fois si humaine et si différente de tout autre livre. Luc dit qu'il a fait des recherches soigneuses avant d'écrire son Évangile (Luc 1:1-4). Paul a son style, abrupt et argumenté ; Jean a le sien, simple et contemplatif. Dieu ne les a pas transformés en machines à écrire. Il s'est servi de ce qu'ils étaient pour dire exactement ce qu'il voulait dire.
L'inspiration est l'action du Saint-Esprit sur les auteurs bibliques, par laquelle ils ont écrit, dans leur propre langue et leur propre style, exactement ce que Dieu voulait faire écrire, sans erreur dans ce qu'ils affirment. Voir aussi Inspiration.
- Pas une dictée. À quelques passages près, où le prophète transmet mot pour mot ce qu'il a reçu (« Ainsi parle l'Éternel »), les auteurs n'écrivent pas sous la dictée. Leur personnalité est partout visible.
- Pas du génie religieux. La Bible n'est pas le meilleur de ce que des hommes ont pensé de Dieu. C'est ce que Dieu a dit de lui-même, par des hommes.
- Pas une inspiration partielle. Paul ne dit pas que la Bible contient des paroles de Dieu, à nous de les trier. Il dit : « toute Écriture est inspirée de Dieu ».
#Comment savoir que c'est vrai ?
On objectera, à juste titre : la Bible dit qu'elle est la Parole de Dieu, mais n'importe quel livre peut dire cela de lui-même. N'est-ce pas un raisonnement circulaire ?
Il faut répondre avec honnêteté. D'un côté, l'autorité de la Bible ne peut pas être prouvée par une autorité plus haute qu'elle : si une telle autorité existait, c'est elle qui aurait le dernier mot, et non la Bible. De l'autre, croire en la Bible n'est pas sauter dans le vide. Il y a de bonnes raisons, et la plus forte n'est pas celle qu'on attend.
#La raison décisive : ce que Jésus pensait de l'Écriture
La question « la Bible est-elle la Parole de Dieu ? » se ramène en réalité à une autre : qui est Jésus ? Car Jésus a dit très clairement ce qu'il pensait des Écritures de son temps, c'est-à-dire de notre Ancien Testament.
« Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. » — Matthieu 5:18
Il cite l'Écriture pour trancher un débat, en précisant que « l'Écriture ne peut être anéantie » (Jean 10:35). Il la cite contre Satan au désert, à trois reprises, sans autre argument que « il est écrit » (Matthieu 4:1-11). Et pour le Nouveau Testament, il promet à ses apôtres le secours de l'Esprit :
Jean 14:26 (LSG)
Mais le consolateur, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.
Si Jésus est ressuscité, s'il est bien celui qu'il disait être, alors son jugement sur l'Écriture n'est pas une opinion parmi d'autres. On ne peut pas, en toute cohérence, faire confiance à Jésus et se méfier du livre auquel il faisait confiance. La leçon 4 reviendra sur la personne de Jésus ; retenez pour l'instant que tout se tient.
#D'autres raisons, qui vont dans le même sens
L'unité de l'ensemble, que nous avons vue plus haut : une seule histoire, portée par des dizaines d'auteurs qui, pour la plupart, ne se sont jamais connus.
La fidélité de la transmission. On entend souvent que la Bible a été « tellement recopiée qu'elle a dû être déformée ». Les faits disent le contraire. En 1947, on a découvert près de la mer Morte, à Qumrân, des manuscrits de l'Ancien Testament plus anciens d'environ mille ans que les plus vieux manuscrits hébreux connus jusque-là. Le rouleau complet d'Ésaïe, en particulier, s'est révélé pour l'essentiel identique au texte que nous lisions déjà. Pour le Nouveau Testament, nous disposons de plus de cinq mille manuscrits grecs, dont certains fragments remontent au IIe siècle. Aucun autre texte de l'Antiquité n'est aussi bien attesté. Les différences entre manuscrits existent, mais elles portent pour la plupart sur l'orthographe ou l'ordre des mots, et aucune doctrine chrétienne ne repose sur un passage dont le texte serait incertain.
Le témoignage intérieur de l'Esprit. Jésus disait : « Mes brebis entendent ma voix » (Jean 10:27). Des millions de lecteurs, à toutes les époques et dans toutes les cultures, ont fait la même expérience : en lisant la Bible, ils n'ont pas eu l'impression de juger un texte, mais d'être jugés par lui. Cela ne prouve rien à celui qui ne l'a pas vécu. Mais c'est la manière dont Dieu fait reconnaître sa voix à ceux qui l'écoutent.
La liste des livres reconnus comme Écriture s'appelle le canon, du grec κανών — kanōn, la règle à mesurer.
Contrairement à une idée répandue, aucun concile n'a décidé quels livres seraient inspirés. Les Églises ont reconnu ceux qui s'imposaient déjà par leur origine apostolique, leur accord avec ce qui était reçu, et leur usage constant partout. Un livre n'est pas devenu Parole de Dieu le jour où il a été inscrit sur une liste : il l'était en étant écrit, et la liste l'a constaté.
Les Bibles catholiques et orthodoxes contiennent quelques livres de plus dans l'Ancien Testament (les deutérocanoniques, comme Tobit ou les Maccabées). Les protestants ne les reçoivent pas comme Écriture, parce qu'ils ne figuraient pas dans la Bible hébraïque que lisaient Jésus et les apôtres. Voir aussi Canon.
#Que veut dire « la Bible fait autorité » ?
Si la Bible est la Parole de Dieu, elle a le dernier mot. Non pas le seul mot : les chrétiens lisent aussi des livres, écoutent des prédications, apprennent de l'histoire de l'Église et de leur propre expérience. Mais quand toutes ces voix ne disent pas la même chose, c'est l'Écriture qui tranche. C'est ce que la Réforme appelait sola scriptura : l'Écriture seule comme autorité suprême.
Le Nouveau Testament donne un exemple frappant de cette attitude. Quand Paul prêche à Bérée, voici comment ses auditeurs l'accueillent :
Actes 17:11 (LSG)
Ces Juifs avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique ; ils reçurent la parole avec beaucoup d'empressement, et ils examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact.
Ils vérifient ce que dit un apôtre, et Luc les en félicite. Aucun prédicateur, aucune tradition, aucune expérience spirituelle n'est au-dessus de ce contrôle. Y compris, bien sûr, ce que vous lisez sur ce site.
#Ce que la Bible prétend dire, et ce qu'elle ne prétend pas dire
La Bible n'est pas une encyclopédie. Elle ne vous dira pas comment soigner une grippe, ni quelle est la distance de la Terre à la Lune. Elle ne répond pas à toutes les questions que nous pouvons poser. Mais elle répond à toutes celles dont nous avons besoin pour connaître Dieu, être sauvés et vivre selon sa volonté. C'est ce que dit la fin du texte de Paul : l'Écriture rend l'homme de Dieu « accompli et propre à toute bonne œuvre » (2 Timothée 3:17).
« Les choses cachées sont à l'Éternel, notre Dieu ; les choses révélées sont à nous et à nos enfants, à perpétuité, afin que nous mettions en pratique toutes les paroles de cette loi. » — Deutéronome 29:29
Dire que la Bible est sans erreur, c'est dire qu'elle dit vrai dans tout ce qu'elle affirme, y compris quand elle parle d'histoire. Cela demande de bien lire ce qu'elle affirme :
- Elle rapporte sans approuver. La Bible cite les mensonges du serpent (Genèse 3:4) et les mauvais raisonnements des amis de Job, que Dieu désavoue lui-même (Job 42:7). Elle rapporte exactement ce qu'ils ont dit ; elle n'affirme pas que c'est vrai.
- Elle parle le langage de tous les jours. Quand elle dit que le soleil se lève, elle décrit ce que chacun voit, exactement comme nous le faisons encore. Ce n'est pas une thèse d'astronomie.
- Elle respecte ses genres. Un psaume est un poème, une parabole est une histoire inventée pour enseigner. Les lire comme un procès-verbal, c'est mal les lire, pas les prendre plus au sérieux.
#Lire la Bible, ou rencontrer quelqu'un ?
Il reste un dernier piège, et il guette surtout les gens sérieux. Jésus l'a signalé aux spécialistes de l'Écriture de son temps, des hommes qui la connaissaient par cœur :
Jean 5:39-40 (LSG)
Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. Et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !
On peut connaître la Bible et manquer celui dont elle parle. La Bible n'est pas une fin en soi : elle est le chemin par lequel Dieu se fait connaître, et elle conduit à une personne. L'apôtre Jean le dit sans détour, à la fin de son Évangile : « Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jean 20:31).
C'est pour cela que la Bible ne se lit pas comme un manuel. Elle se lit comme on écoute quelqu'un qui nous parle.
« Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier. » — Psaume 119:105
- La Bible est une bibliothèque de 66 livres, écrits par une quarantaine d'auteurs sur quinze siècles, et qui racontent pourtant une seule histoire, centrée sur Jésus-Christ.
- Elle est « soufflée par Dieu » : des hommes ont écrit avec leur style et leur personnalité, mais poussés par le Saint-Esprit, de sorte que ce qu'ils ont écrit est la Parole de Dieu.
- La raison la plus forte d'y croire est l'attitude de Jésus lui-même envers l'Écriture. Son unité, la fidélité de sa transmission et le témoignage de l'Esprit vont dans le même sens.
- Elle a le dernier mot sur toute tradition, toute prédication et toute expérience, et elle dit vrai dans tout ce qu'elle affirme.
- Son but n'est pas qu'on la connaisse, mais qu'on connaisse, par elle, Jésus-Christ.
Commencez par le bon livre. Si vous n'avez jamais lu la Bible, ne commencez pas par la Genèse en espérant tenir jusqu'à l'Apocalypse : beaucoup abandonnent dans le Lévitique. Commencez par un Évangile, celui de Marc (court et rapide) ou celui de Jean (écrit « afin que vous croyiez »).
Lisez peu, mais chaque jour. Un chapitre lu attentivement vaut mieux que dix parcourus. Posez trois questions à chaque passage : Que dit le texte ? Que dit-il de Dieu ? Qu'est-ce que cela change pour moi ?
Choisissez une traduction lisible. La Segond 21 ou la Bible du Semeur se lisent facilement ; la Segond 1910 ou la Darby, citées sur ce site, sont plus proches de l'original mais plus anciennes de style. L'important est d'en ouvrir une.
Faites comme les Béréens. Quand quelqu'un vous enseigne quelque chose sur Dieu, ouvrez votre Bible et vérifiez.
Quelle place la Bible occupe-t-elle aujourd'hui dans votre vie : un livre qu'on respecte de loin, un livre qu'on consulte de temps en temps, ou une voix qu'on écoute ? Qu'est-ce qui vous empêche de l'ouvrir plus souvent, et que pourriez-vous changer dès cette semaine ?
#Vers la leçon 3 : Qu'est-ce que le péché ?
Dès sa troisième page, la Bible raconte que quelque chose s'est brisé entre Dieu et l'homme. Ce n'est pas une vieille histoire sans rapport avec nous : c'est l'explication de ce que nous voyons tous les jours, dans le monde et en nous-mêmes.
Si Dieu est saint et bon, pourquoi le monde va-t-il si mal ? Et pourquoi fais-je si souvent le mal que je ne voudrais pas faire ? C'est la question de la prochaine leçon.