Leçon 3 / 9

Qu'est-ce que le péché ?

Aucun des mots bibliques pour « péché » ne veut dire « erreur ». Tous supposent une norme, et quelqu'un devant qui l'on est en faute. Un diagnostic, avant le remède.

Il suffit d'ouvrir un journal pour constater que quelque chose ne va pas dans le monde. Il suffit d'être honnête cinq minutes pour constater que quelque chose ne va pas en nous. L'apôtre Paul l'a formulé mieux que personne :

« Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. » — Romains 7:19

Nous avons aujourd'hui beaucoup de mots pour en parler : erreurs, faiblesses, blessures, comportements toxiques. Le mot « péché », lui, sonne vieillot, presque gênant. C'est pourtant le mot que la Bible emploie, et il dit quelque chose que les autres ne disent pas.

Cette leçon parle de la mauvaise nouvelle. Ce n'est pas par goût du sombre. Un médecin qui cache son diagnostic à un malade n'est pas bienveillant, il est dangereux. On ne comprend rien au remède tant qu'on se trompe sur la maladie, et on ne comprendra rien à Jésus-Christ ni au salut tant qu'on se trompe sur le péché.

Si vous arrivez directement sur cette leçon, l'introduction du parcours présente les neuf étapes et la manière de les suivre.

#Qu'est-ce que le péché, exactement ?

Jean en donne la définition la plus directe :

1 Jean 3:4 (LSG)


Quiconque pèche transgresse la loi, et le péché est la transgression de la loi.

Pécher, c'est aller contre ce que Dieu a dit. Mais la Bible emploie plusieurs mots pour décrire ce qui se passe, et chacun éclaire une facette différente.

Les mots du péché
  • ἁμαρτία — hamartia (grec) : manquer la cible. C'est le mot le plus courant du Nouveau Testament. On vise, mais on n'atteint pas ce pour quoi l'on a été fait.
  • פֶּשַׁע — pesha' (hébreu) : la révolte. Le mot désigne la rébellion d'un vassal contre son souverain. Ce n'est pas un accident.
  • עָוֺן — 'avon (hébreu), souvent traduit « iniquité » : la torsion. Quelque chose a été tordu, déformé, n'est plus droit.
  • ἀνομία — anomia (grec) : le sans-loi. Le refus d'une autorité au-dessus de soi (1 Jean 3:4).

Aucun de ces mots ne veut dire « erreur ». Tous supposent une norme, et quelqu'un devant qui l'on est en faute.

Péché

Le péché est tout manquement à la loi de Dieu, en acte, en parole, en pensée ou en nature. Il n'est pas d'abord une transgression isolée : c'est un état de séparation d'avec Dieu, dont les transgressions sont les manifestations. Voir aussi Péché.

#Contre qui ?

Voici le point décisif, celui qui distingue le péché de la simple faute morale. Après avoir commis l'adultère avec Bath-Schéba, puis fait tuer son mari Urie pour couvrir son crime, le roi David écrit cette prière :

Psaume 51:6 (LSG)


J'ai péché contre toi seul, et j'ai fait ce qui est mal à tes yeux…

« Contre toi seul » ? David a pourtant fait du tort à Bath-Schéba, à Urie, à son armée, à tout son peuple. Il ne le nie pas. Mais il dit où se trouve la gravité ultime de sa faute : elle offense d'abord Dieu. Le péché est une affaire avec Dieu avant d'être une affaire de morale.

C'est pour cela que la leçon 1 insistait sur la sainteté de Dieu. Si Dieu n'était qu'un grand-père indulgent, le péché serait une maladresse. Parce qu'il est saint, le péché est une offense contre celui qui est la source de tout bien.

#Pas seulement ce que l'on fait

On imagine souvent le péché comme une liste d'actes interdits : voler, mentir, tuer. La Bible va beaucoup plus loin.

Il y a le mal que l'on fait, mais aussi le bien que l'on ne fait pas : « Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché » (Jacques 4:17).

Il y a les actes, mais aussi les pensées. Jésus dit que la colère haineuse est déjà un meurtre dans le cœur, et le regard de convoitise déjà un adultère (Matthieu 5:21-22, 27-28).

Et surtout, il y a le cœur, d'où tout sort :

Marc 7:21-23 (LSG)


Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l'homme.

Jésus ne dit pas que le problème de l'homme vient de son environnement, de son éducation ou de ses fréquentations. Ces choses comptent, mais elles ne sont pas la source. Le problème est à l'intérieur.

Et quand on lui demande quel est le plus grand commandement, Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée » (Matthieu 22:37). Le péché le plus profond n'est donc pas un acte parmi d'autres. C'est de ne pas donner à Dieu la première place, celle qui lui revient. Tous les autres en découlent.

#D'où vient le péché ?

Pas de Dieu. Au terme de la création, « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon » (Genèse 1:31). Et Jacques précise : « Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne » (Jacques 1:13).

Le péché entre dans le monde au chapitre 3 de la Genèse. Dieu avait placé l'homme et la femme dans un jardin où tout leur était permis, à une seule exception près : ne pas manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Le serpent aborde alors la femme, et sa stratégie tient en trois temps.

Il fait douter de ce que Dieu a dit.

« Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » — Genèse 3:1

Il fait douter de la bonté de Dieu.

« Vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » — Genèse 3:4-5

Autrement dit : Dieu vous ment, et il vous prive de quelque chose de bon.

Il propose de prendre la place de Dieu. « Connaître le bien et le mal », ici, ce n'est pas seulement savoir ce qui est bien : c'est décider soi-même de ce qui est bien, sans avoir à le recevoir de personne.

L'acte lui-même est minuscule : manger un fruit. Mais ce qu'il signifie est immense. L'homme préfère son propre jugement à la parole de Dieu. Tous les péchés depuis reproduisent ce schéma : douter de ce que Dieu a dit, soupçonner qu'il nous prive de quelque chose, et reprendre la main.

La leçon L'Innocence, dans le parcours Les 7 Dispensations, lit ce récit en détail, verset par verset.

Et avant le serpent ?

Le serpent n'est pas un simple animal : l'Apocalypse l'identifie comme « le serpent ancien, appelé le diable et Satan » (Apocalypse 12:9). Le mal existait donc déjà, dans le monde des êtres spirituels, avant d'entrer dans l'humanité.

D'où venait-il en premier lieu ? La Bible ne donne pas de réponse complète, et il vaut mieux le dire que d'en inventer une. Ce qu'elle affirme sans ambiguïté, c'est que Dieu n'en est pas l'auteur, et que l'homme n'a pas été forcé : il a choisi.

#Pourquoi tous les hommes sont-ils pécheurs ?

On pourrait se dire : Adam a péché, c'est son affaire. En quoi cela me concerne-t-il ? La Bible répond que le péché d'Adam n'est pas resté le sien.

Romains 5:12 (LSG)


C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché…

Et quelques chapitres plus tôt, Paul avait tiré le bilan :

Romains 3:23 (LSG)


Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

#Pécheur parce qu'on pèche, ou l'inverse ?

Nous pensons spontanément qu'on devient pécheur le jour où l'on commet un péché. La Bible dit l'inverse : nous péchons parce que nous sommes pécheurs. Jésus prend l'image d'un arbre : un mauvais arbre ne produit pas de mauvais fruits par accident, il en produit parce qu'il est mauvais (Matthieu 7:17-18). Les fruits révèlent l'arbre ; ils ne le fabriquent pas.

David, encore lui, le dit de lui-même : « Voici, je suis né dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché » (Psaume 51:7). Il ne dit pas que sa mère a mal agi. Il dit que le péché était déjà en lui, avant même qu'il ait pu faire quoi que ce soit.

C'est ce que l'on appelle le péché originel : non pas le premier péché d'Adam, mais la condition que nous avons tous reçue de lui.

Péché originel

Le péché originel désigne l'état dans lequel naît tout être humain depuis Adam. Il a deux aspects. Adam a agi en représentant de toute l'humanité, et sa faute engage ceux qu'il représentait. Et sa nature corrompue s'est transmise à tous ses descendants : elle incline chaque être humain vers le mal et le rend incapable de se tourner vers Dieu par ses propres forces.

#Est-ce juste ?

L'objection vient tout de suite : pourquoi devrais-je payer pour la faute d'un autre ? La Bible ne l'esquive pas. Elle montre qu'Adam n'est que l'un de deux hommes qui ont agi au nom d'une multitude :

« Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ. » — 1 Corinthiens 15:22

Si l'on rejette le principe de la représentation parce qu'il paraît injuste dans le cas d'Adam, il faut aussi le rejeter dans le cas du Christ, et renoncer au salut qu'il apporte. Les deux tiennent ensemble. Nous sommes sauvés par le principe même qui nous a perdus. Et d'ailleurs, nul d'entre nous ne peut prétendre qu'à la place d'Adam, il aurait fait mieux : chacun a confirmé son choix par les siens.

Ce que « pécheur par nature » ne veut pas dire
  • Pas que l'homme est aussi mauvais qu'il pourrait l'être. Il reste créé à l'image de Dieu (Genèse 9:6 ; Jacques 3:9), capable de tendresse, de courage, de beauté. Jésus le reconnaît : « si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants… » (Matthieu 7:11). Le péché a atteint toutes les parties de l'homme, son intelligence, sa volonté, ses désirs, mais il ne les a pas toutes détruites.
  • Pas que tous les péchés se valent dans leurs effets. Un mensonge et un meurtre n'ont pas les mêmes conséquences, et Jésus lui-même parle d'un « plus grand péché » (Jean 19:11).
  • Mais que personne n'atteint la cible. Un bon archer manque la cible de moins loin qu'un mauvais. Mais si la cible est la sainteté de Dieu, personne ne l'atteint. C'est une question de nature, pas de degré.

Pour mesurer ce que le péché a abîmé, il faut savoir ce que l'homme était censé être. C'est l'objet de l'étude L'homme créé à l'image de Dieu.

#Que produit le péché ?

Le péché n'est pas une étiquette qu'on colle sur certains actes. Il a des effets réels, et la Bible les décrit dans un ordre précis.

La culpabilité. Devant Dieu, le péché crée une dette réelle, qu'on la ressente ou non. Le but de la loi, dit Paul, est « que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu » (Romains 3:19).

La corruption. Le péché n'atteint pas seulement ce que nous faisons, mais ce que nous sommes. « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : qui peut le connaître ? » (Jérémie 17:9). Et il asservit : « quiconque se livre au péché est esclave du péché » (Jean 8:34). Tous ceux qui ont essayé de se défaire d'une habitude le savent.

La séparation. Le premier réflexe d'Adam et Ève après leur faute est de se cacher de Dieu (Genèse 3:8).

Ésaïe 59:2 (LSG)


Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l'empêchent de vous écouter.

Les relations brisées. Dans le même chapitre, la honte apparaît (Genèse 3:7), et l'homme accuse aussitôt sa femme, et Dieu avec elle : « La femme que tu as mise auprès de moi m'a donné de l'arbre » (Genèse 3:12). Le péché ne sépare pas seulement de Dieu : il divise les hommes entre eux, et il a même atteint la création, qui « soupire » dans l'attente de sa délivrance (Romains 8:20-22).

La mort. Dieu avait prévenu : « le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Genèse 2:17). La mort spirituelle, la séparation d'avec Dieu, vient le jour même. La mort physique suit : « tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière » (Genèse 3:19). Paul décrit des gens bien vivants comme « morts par vos offenses et par vos péchés » (Éphésiens 2:1). Et au-delà de la mort, il y a le jugement : « il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (Hébreux 9:27).

Romains 6:23 (LSG)


Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur.

Remarquez les deux mots de ce verset. La mort est un salaire : ce qu'on a gagné, ce qui nous est dû. La vie éternelle est un don : ce qu'on n'a pas gagné, ce qui nous est offert. Toute la suite de ce parcours tient dans cet écart.

#Pourquoi ne pouvons-nous pas nous en sortir seuls ?

La réaction la plus naturelle devant tout cela est de se dire : je vais faire mieux. Être plus honnête, plus patient, plus généreux. C'est une bonne résolution, mais elle ne résout pas le problème, pour trois raisons.

Le bien futur n'efface pas le mal passé. Un homme condamné pour vol ne se fait pas acquitter en promettant au juge de ne plus voler. Sa promesse, même sincère, ne rembourse rien. La dette demeure.

On ne change pas sa nature par un effort de volonté. Le prophète Jérémie pose la question avec une ironie terrible :

« Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes accoutumés à faire le mal ? » — Jérémie 13:23

Même nos efforts sont atteints. « Nous sommes tous comme des impurs, et toute notre justice est comme un vêtement souillé » (Ésaïe 64:5). Nos meilleures actions restent mêlées d'orgueil, de calcul, du désir d'être vus. C'est la vieille histoire des feuilles de figuier : dès la chute, l'homme a tenté de couvrir sa honte par lui-même, et Dieu a dû lui fournir un autre vêtement (Genèse 3:7, 21).

Un mort ne se réanime pas lui-même. S'il doit revivre, il faudra que quelqu'un d'autre intervienne.

#« Mais Dieu… »

C'est exactement ce que dit la Bible, et c'est là que la mauvaise nouvelle se retourne. Juste après avoir décrit des hommes « morts par leurs offenses », Paul écrit deux mots qui changent tout :

Éphésiens 2:4-5 (LSG)


Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec Christ (c'est par grâce que vous êtes sauvés)…

Et c'était déjà vrai à la troisième page de la Bible. Au moment même où il prononce le jugement sur le serpent, Dieu annonce qu'un descendant de la femme lui écrasera la tête (Genèse 3:15). Avant même que l'homme ait quitté le jardin, le remède est promis.

La Bible ne décrit pas le péché pour nous écraser. Elle le décrit pour que nous cessions de chercher le remède en nous-mêmes, et que nous le recevions de celui qui le donne.

Résumé
  • Le péché n'est pas une simple erreur : c'est manquer la cible, se révolter, se tordre, refuser l'autorité de Dieu.
  • Il est d'abord une offense contre Dieu, et il ne concerne pas seulement nos actes, mais nos pensées, nos omissions et notre cœur.
  • Il est entré dans le monde quand l'homme a douté de la parole de Dieu, soupçonné sa bonté et voulu décider seul du bien et du mal.
  • Depuis Adam, tout être humain naît pécheur : nous péchons parce que nous sommes pécheurs, et non l'inverse.
  • Le péché produit la culpabilité, la corruption, la séparation d'avec Dieu, des relations brisées et la mort.
  • Nous ne pouvons pas nous en sortir par nos propres forces. Mais Dieu, riche en miséricorde, a promis et donné un remède.
Ce que cela change

Cessez de vous comparer aux autres. On se rassure facilement en regardant plus mauvais que soi. Mais la mesure n'est pas la moyenne de votre entourage : c'est la sainteté de Dieu. Devant elle, la comparaison ne sert plus à rien.

Appelez le péché par son nom. « Erreur », « faiblesse », « c'est mon caractère » : ces mots nous protègent, mais ils nous empêchent aussi d'être pardonnés, parce qu'on ne demande pas pardon pour une erreur. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9).

Ne restez pas dans la honte. Reconnaître son péché n'est pas une fin en soi. Le diagnostic n'a de sens que s'il conduit au remède, et le remède existe.

Question de réflexion

Comment réagissez-vous à l'idée que vous êtes pécheur par nature, et pas seulement par accident ? Qu'est-ce qui, en vous, résiste à cette idée ? Et pourquoi est-il nécessaire de passer par là avant de parler du salut ?

#Vers la leçon 4 : Qui est Jésus-Christ ?

Si l'homme ne peut pas se sauver lui-même, il faut que quelqu'un le fasse à sa place. Mais qui ? Il faudrait un homme, pour représenter les hommes comme Adam l'avait fait. Il faudrait un homme sans péché, pour ne pas avoir de dette à payer pour lui-même. Et il faudrait plus qu'un homme, pour porter le poids de la faute de tous.

Existe-t-il quelqu'un qui réponde à cette description ? C'est la question de la prochaine leçon.

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