Que deviendrons-nous ?
On sait dire, à peu près, ce qu'est la justification : l'étude précédente l'a montrée comme un vêtement reçu. On sait dire ce qu'est la sanctification : un renouvellement progressif, « de gloire en gloire ». Mais la glorification — le mot qui termine les grandes phrases de Paul — est probablement celui dont nous parlons le plus mal. La plupart du temps, on la remplace par une image vague de nuages.
Cette dernière étude voudrait vous laisser une chose que vous saurez : ce qu'est la glorification, quand elle a lieu, et par quel moyen. Pour y arriver, il faut d'abord passer par ce qui la précède : la mort, et ce que devient l'être humain entre sa mort et la résurrection.
Une frontière, pour être clair : il ne sera question ici ni de l'ordre des événements de la fin, ni du sort final de ceux qui refusent. Cette étude reste une anthropologie. Elle demande ce qu'est un être humain — et, pour finir, ce qu'il devient.
#La mort : l'équation lue à l'envers
Depuis le début de ce parcours, une équation nous suit : la poussière et le souffle font un être vivant (Genèse 2:7). Ouvrez maintenant l'Ecclésiaste :
« … avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. » — Ecclésiaste 12:7
Les deux composants de l'équation, nommés dans l'ordre, et renvoyés chacun d'où il venait : la poussière, עָפָר, 'afar, à la terre ; le souffle, רוּחַ, ruach, à Dieu. Et un détail plus précis encore : « comme elle y était ». Qohélet ne décrit pas un départ : il décrit une opération inverse. Ce qui avait été assemblé est désassemblé, pièce par pièce, dans l'ordre.
Et ce verset ne dit pas que ce soit bien. Nous le lisons souvent aux enterrements sur un ton de consolation. Mais les versets qui précèdent forment un poème sur le vieillissement, et toutes ses images sont des images de délabrement. Juste avant, deux objets cassent : « avant que le cordon d'argent se détache, que le vase d'or se brise » (12:6). Ce qui se rompt, dans l'image du cordon, n'est aucune des deux pièces : c'est ce qui les tenait ensemble. Une lampe suspendue tombe non parce que la lampe ou le plafond sont mauvais, mais parce que le lien a lâché.
Les deux composants de l'homme sont réellement distincts, mais ils n'ont jamais été conçus pour être séparés. La séparation est l'œuvre de la mort, non du Créateur. La mort n'est pas la libération de quelque chose : c'est le démontage de quelqu'un. L'espérance existe, mais elle n'est pas là : on ne la trouvera pas en embellissant la mort.
Il faut pourtant freiner. Chez Qohélet, le mot רוּחַ désigne-t-il l'esprit personnel, ou le souffle vital en général ? Trois chapitres plus haut, il observe que l'homme et la bête ont le même souffle, et demande : « Qui sait si le souffle des fils de l'homme monte en haut, et si le souffle de la bête descend en bas dans la terre ? » (3:21). Il pose la question et refuse d'y répondre. Ecclésiaste 12:7 établit donc le démontage ; il n'établit pas, à lui seul, la survie d'une personne. Celle-ci doit être établie autrement.
#Entre la mort et la résurrection : conscient, et en attente
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne. » — Matthieu 10:28
Jésus dit que quelque chose de la personne échappe à celui qui tue le corps. Il ne s'agit pas de contourner ce texte, mais de l'affirmer. Il faut seulement remarquer ce qu'il compte : deux — ce qu'on peut tuer, et ce qu'on ne peut pas. Il partage l'être humain exactement là où ce parcours l'a partagé.
Et le Nouveau Testament montre cet état comme conscient. Paul désire « m'en aller et être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur » (Philippiens 1:23) : être avec Christ, c'est être quelqu'un, et quelqu'un qui est mieux. Au brigand, Jésus dit : « aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23:43). Sous l'autel, les âmes des martyrs « crièrent d'une voix forte : Jusques à quand, Maître saint et véritable… ? » (Apocalypse 6:10) — on ne crie pas dans un sommeil sans rêve, et l'on ne demande pas « jusqu'à quand » si l'on n'éprouve pas une durée.
Le texte le plus complet est Luc 16, le riche et Lazare, parce qu'il est le seul à montrer les deux côtés. Les deux hommes meurent, et aussitôt, tous deux sont quelqu'un : nommés, distingués, situés. Le riche voit, reconnaît, parle, demande, souffre ; et il lui est répondu : « Souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie » (16:25). Mémoire, perception, parole, désir : tout ce qui fait une personne est là. Et le riche demande qu'on avertisse ses cinq frères, encore vivants : le monde continue pendant que la scène se déroule. Nous ne sommes pas après la fin de toutes choses, mais exactement dans l'intervalle — après la mort, avant la résurrection.
Jésus peint cette scène avec des images que ses auditeurs connaissaient déjà : « le sein d'Abraham », la soif, l'abîme. Le décor est emprunté ; l'affirmation est de lui. Il ne faut donc pas en tirer une carte de l'au-delà. Mais ce qu'il affirme à travers ces images lui appartient : après la mort, des personnes conscientes, distinctes, qui se souviennent, dans deux conditions opposées. Un enseignant qui tiendrait ce cadre pour faux ne bâtirait pas dessus un avertissement qu'il veut voir pris au sérieux.
L'objection la plus sérieuse vient de l'Ecclésiaste : « les morts ne savent rien » (9:5) ; « il n'y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts » (9:10). Trois remarques.
La phrase commence avant : « Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n'y a ni œuvre… ». Le « car » donne une raison d'agir maintenant ; ce n'est pas une description de l'au-delà.
Le texte délimite lui-même son domaine : les morts « n'auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil » (9:6). Ce que Qohélet leur refuse, c'est la participation à ce monde-ci — l'ouvrage, le calcul, le savoir-faire. Il ne dit pas qu'ils cessent d'être quelqu'un.
Le même auteur écrit trois chapitres plus loin que l'esprit retourne à Dieu, et que Dieu amènera toute œuvre en jugement (12:7, 14). Qohélet décrit la mort depuis le côté des vivants — et dit lui-même qu'il ne sait pas ce qu'il y a au-delà (3:21). Luc 16 est raconté depuis l'autre côté. Ils ne répondent pas à la même question.
L'Écriture parle aussi des morts comme de dormeurs. Le mot décrit ce que la mort donne à voir : un corps immobile. Et Jésus l'emploie pour Lazare juste avant de l'appeler hors du tombeau.
#Un état bon, qui n'est pas le but
Voici maintenant le point le plus important, et il est très peu prêché : l'état intermédiaire est bon, et il n'est pas le but. Il est meilleur qu'ici, et moins bon que ce qui vient.
« Car tandis que nous sommes dans cette tente, nous gémissons, accablés, parce que nous voulons, non pas nous dépouiller, mais nous revêtir, afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. » — 2 Corinthiens 5:4
« Nous dépouiller », c'est se déshabiller ; « nous revêtir » traduit un verbe grec qui dit plus précisément : mettre un vêtement par-dessus — ἐπενδύσασθαι. Paul ne veut pas quitter son corps : il veut en recevoir davantage. L'apôtre à qui l'on prête si souvent une hâte de s'évader de la matière dit exactement le contraire : ce qu'il redoute, c'est la nudité ; ce qu'il espère, c'est un surcroît. Il dira quatre versets plus loin qu'il aime mieux « quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur » (5:8) : entre ici et la nudité, il choisit la nudité, parce qu'elle est avec Christ. Mais son souhait est le vêtement.
Une grande part de la consolation chrétienne s'arrête là : « il est auprès du Seigneur ». C'est vrai, et c'est court. L'état intermédiaire est un état d'attente, pas d'arrivée. Le christianisme n'espère pas la mort : il espère la résurrection.
#« L'esprit retourne à Dieu » : la même destination pour tous ?
Revenons au verset de départ. « L'esprit retourne à Dieu qui l'a donné » : Qohélet ne dit pas « l'esprit du juste ». La phrase est prononcée sur l'homme en général. D'où une question qu'on se pose dans presque tous les enterrements, sans toujours la formuler : si tout le monde retourne à Dieu, est-ce que tout va bien pour tout le monde ?
Regardez les derniers mots : « à Dieu qui l'a donné ». La relative qualifie Dieu comme celui qui avait donné — comme le propriétaire de ce qui revient. Le mouvement décrit est une restitution. Or « aller à Dieu » peut vouloir dire deux choses entièrement différentes : être rendu à son propriétaire, ou être reçu en communion. Un outil prêté revient à son propriétaire, qu'on l'ait bien traité ou abîmé : le retour est le même geste dans les deux cas ; ce qui suit ne l'est pas. Ecclésiaste 12:7 dit le premier. Il ne dit rien du second.
Et c'est Qohélet lui-même qui interdit la lecture « tout va bien pour tous ». Sept versets plus loin, à la fin de son livre : « Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (12:14). S'il pensait que le retour de tous à Dieu réglait tout, il n'écrirait pas cela. Tous retournent, et tous seront jugés : c'est le même mouvement, vu sous deux angles. « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (Hébreux 9:27). Même « Israël, prépare-toi à la rencontre de ton Dieu ! » (Amos 4:12), qu'on brode volontiers sur des coussins, est dans son contexte une menace : rencontrer Dieu n'est pas, en soi, une consolation.
Le Nouveau Testament montre les deux accueils. D'un côté : « aujourd'hui tu seras avec moi », « être avec Christ ». De l'autre, l'autre condition de Luc 16. Et un détail montre que le passage n'a rien d'automatique : Étienne mourant prie « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » (Actes 7:59), comme Jésus lui-même avait dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc 23:46). Un dépôt confié — et l'on ne confie qu'à quelqu'un qu'on connaît.
Tous retournent au même Dieu. Tous ne reçoivent pas le même accueil. La destination est commune parce qu'elle est celle du propriétaire ; le sort ne l'est pas.
Rien de cela n'est dans Ecclésiaste 12:7 pris seul : ce verset établit le démontage, et seulement lui. La différence vient du verset 14 du même chapitre, et du Nouveau Testament. Le verset ne se lit pas seul.
#Quel corps ?
À Corinthe, on objectait : « Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils ? » (1 Corinthiens 15:35). Ce n'était pas une question naïve, mais l'objection de gens cultivés, pour qui un cadavre relevé était une idée grossière : l'esprit, à la rigueur, peut survivre — mais ce corps-là, celui qui pourrit ?
Paul répond : « Insensé ! » (15:36). Et surtout, il ne prend pas l'échappatoire qui s'offrait à lui : « rassurez-vous, ce sera spirituel, ce ne sera pas vraiment un corps ». Elle lui aurait coûté trois mots et aurait satisfait ses adversaires. Il maintient le corps, et déplace la question : non pas si un corps, mais quel corps.
Sa première réponse est une image agricole : « ce que tu sèmes ne reprend point vie, s'il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui naîtra ; c'est un simple grain… puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît » (15:36-38). L'image règle deux choses à la fois : la continuité — personne ne dit d'un épi qu'il est un autre être que le grain — et la discontinuité — ce qui sort ne ressemble pas à ce qui est entré en terre, et personne ne s'en plaint. Puis Paul enchaîne : toutes les chairs ne sont pas la même chair, et « une étoile diffère en éclat d'une autre étoile » (15:41). Dieu dispose d'un vocabulaire de corps beaucoup plus large que le nôtre. Nous n'en connaissons qu'un modèle, et nous en faisons la mesure du possible.
#« Corps spirituel » ne veut pas dire « corps fait d'esprit »
1 Corinthiens 15:42-44 (LSG)
Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force ; il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel.
Voici l'erreur à écarter, parce qu'elle défait tout ce parcours : « corps spirituel » ne signifie pas un corps fait d'esprit — ni vapeur, ni fantôme lumineux, ni matière allégée. Et la démonstration est dans la phrase elle-même.
Regardez l'autre membre du couple : σῶμα ψυχικόν, sōma psychikon, que la Segond rend par « corps animal ». Personne ne pense qu'il s'agit d'un corps fait d'âme : c'est notre corps actuel, de chair, d'os et de sang.
Le suffixe grec -ικός ne dit donc pas de quoi une chose est faite, mais ce qui l'anime. Le « corps animal » est animé par la vie naturelle, celle que le premier Adam a reçue ; le « corps spirituel », σῶμα πνευματικόν, est animé et gouverné par l'Esprit, celui que donne le dernier Adam.
Paul emploie le même couple en 1 Corinthiens 2:14-15 pour opposer l'homme « animal » et l'homme « spirituel » : deux hommes de chair et d'os, dont l'un est conduit par l'Esprit.
Ce qui ressuscite n'est pas moins matériel : c'est plus vivant. Et Paul conclut : « de même que nous avons porté l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste » (15:49). L'image de Dieu, restaurée dans la vie présente, reçoit ici son achèvement — et il est corporel.
#Le même corps — changé, non recouvert
Est-ce le même corps ? On cite d'ordinaire le verset 53 : « il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité ». Le démonstratif est précieux : Paul ne dit pas qu'un corps neuf sera fabriqué ailleurs, mais que celui-ci sera revêtu. La continuité est dans le pronom.
Mais si l'on s'arrête là, on garde un problème grave. « Revêtir » est un verbe de recouvrement. Si c'était tout, l'incorruptibilité serait une housse posée sur une corruption intacte — et l'on retomberait sur les tuniques de Genèse 3 : un vêtement qui couvre un problème sans le traiter. Ce serait une glorification en trompe-l'œil. Or le vêtement n'est qu'une image parmi d'autres, et les autres disent tout autre chose.
1 Corinthiens 15:51-54 (LSG)
Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire.
Le verbe central n'est pas « revêtir », mais « changer ». « Nous serons changés », ἀλλαγησόμεθα, allagēsometha — et Paul le dit deux fois en deux versets. Ce n'est pas un verbe de recouvrement, c'est un verbe de transformation : ce qui est changé n'est plus ce qu'il était. La mort n'est pas cachée, elle est engloutie : le verbe, καταπίνω, veut dire avaler, faire disparaître. On n'engloutit pas une housse par-dessus quelque chose ; on fait disparaître la chose. Elle est abolie : « le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort » (15:26). Et le verset 42 lui-même dit que le corps « ressuscite incorruptible » — littéralement, il est relevé dans l'incorruptibilité : un état, non un habit.
Paul le dit encore en une seule phrase, celle de 2 Corinthiens 5:4 : être revêtu « afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie ». Le vêtement et l'engloutissement sont dans le même verset, et c'est le second qui explique le premier.
Oui, c'est le même corps : ce corps corruptible.
Non, il n'est pas seulement recouvert : il est changé, la corruption est engloutie, la mort est abolie.
La justification est un vêtement. La glorification n'en est pas un. La justification est une justice qui vient d'ailleurs et qui vous couvre : vous êtes vu vêtu. La glorification ne vous couvre pas : elle vous change. Le problème n'est plus caché ; il n'est plus là.
#Un échantillon : le corps du soir de Pâques
Tout cela pourrait rester théorique. Or nous avons un cas — un seul, mais c'est le bon, puisque c'est le modèle. Le soir de Pâques, les disciples croient voir un esprit. Jésus répond : « touchez-moi et voyez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai » (Luc 24:39). Puis il demande à manger, et il mange devant eux. Le premier réflexe des disciples est de spiritualiser ; il le leur interdit avec son propre corps.
Le même corps, pourtant, entre dans une pièce aux portes fermées et disparaît à Emmaüs — dans les mêmes chapitres. Il faut garder les deux ensemble, et ne pas choisir celui qui nous arrange. Ils ne décrivent pas une matière allégée, à mi-chemin entre le corps et le fantôme, mais un corps de chair et d'os qui n'est plus soumis à ce qui nous contraint. C'est exactement la définition du corps « spirituel » : un corps gouverné par l'Esprit. Et c'est pourquoi Paul écrit que l'Esprit qui a ressuscité Jésus « rendra aussi la vie à vos corps mortels » (Romains 8:11) — pas à votre part supérieure : à vos corps.
#La glorification : quand, et comment
Le mot est δόξα, « gloire ». Il s'est glissé discrètement dans le chapitre — une étoile diffère d'une autre « en éclat », en gloire ; le corps est semé méprisable et « ressuscite glorieux ». Et Paul l'emploie au terme de sa grande chaîne :
« Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » — Romains 8:30
« Il les a glorifiés » est un aoriste, un temps du passé : Paul parle d'une chose qui ne s'est pas encore produite, et il l'écrit comme si elle était faite. C'est la manière la plus économique de dire que, dans le dessein de Dieu, la chose n'est pas en suspens. Et les quatre verbes ont le même sujet : Dieu — jamais nous. La glorification n'est pas une récompense méritée.
Mais le même chapitre équilibre aussitôt : « nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant… la rédemption de notre corps » (8:23). Ce qui est certain dans le dessein de Dieu est encore attendu dans notre histoire. Et la promesse vaut pour ceux qui y demeurent : « si du moins vous demeurez fondés et inébranlables dans la foi » (Colossiens 1:23).
#Quand ?
Quatre textes convergent sur un seul moment. « En un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette » (1 Corinthiens 15:52) : le premier mot, ἐν ἀτόμῳ, en atomō, a donné notre « atome » — un instant qu'on ne peut pas couper. Instantané, donc, et daté : une trompette est un signal public, non une expérience privée qui arriverait à chacun à son heure. « Les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants… nous serons tous ensemble enlevés avec eux » (1 Thessaloniciens 4:16-17) : un événement collectif. « Quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire » (Colossiens 3:4) : notre glorification est agrafée à sa manifestation ; elle n'a pas de date propre. Et « lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui » (1 Jean 3:2).
Ni à la mort, donc, ni progressivement : à sa manifestation, en un instant, tous ensemble. Et cela produit une distinction très pratique. La sanctification est progressive : « l'homme nouveau, qui se renouvelle », au présent. La glorification est instantanée. L'une n'est pas l'accélération de l'autre. Vous n'êtes pas en train d'être glorifié lentement : vous êtes en train d'être renouvelé lentement, et vous serez glorifié d'un coup.
#Comment ?
Par transformation, d'abord, et non par recouvrement : nous serons changés. Par conformation au Christ, ensuite, et voici le verset le plus précis du Nouveau Testament sur le mécanisme :
Philippiens 3:21 (LSG)
… qui transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire, par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses.
« Qui transformera » : le sujet, c'est lui. Ce n'est pas notre corps qui évolue ; c'est lui qui agit dessus. « Semblable au corps de sa gloire » : voilà le modèle, et il est concret — non un idéal, mais son corps à lui, celui qui s'est laissé toucher et a mangé du poisson. Vous savez donc déjà à quoi ressemble le résultat. « Par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses » : voilà le moyen, mesuré à la force qui soumet l'univers entier. Ce n'est pas une retouche.
Par la vue, enfin : « nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est » (1 Jean 3:2). C'est le mécanisme de l'étude précédente — on devient semblable à ce qu'on regarde. Aujourd'hui, nous contemplons comme dans un miroir, et nous sommes transformés lentement. Alors nous verrons sans miroir, et la ressemblance sera achevée d'un coup.
#La fin dépasse le commencement
La glorification n'est pas davantage un retour en Éden. Augustin distinguait quatre états de l'homme.
1. En Éden — posse peccare, posse non peccare : pouvoir pécher, pouvoir ne pas pécher.
2. Déchu — non posse non peccare : ne pas pouvoir ne pas pécher. Laissé à lui-même, l'homme ne se tourne pas vers Dieu ; mais il reste capable de reconnaître son état quand la lumière lui parvient — par la loi, la conscience, l'Évangile.
3. En grâce — posse non peccare : pouvoir ne pas pécher.
4. Glorifié — non posse peccare : ne pas pouvoir pécher.
Comparez le premier et le dernier. Adam était bon, et révocable : sa justice était réelle et non confirmée, et c'est ce qui a rendu le chapitre 3 possible. Le glorifié est confirmé : ce qu'il a ne peut plus lui être repris. La fin dépasse le commencement ; le salut n'est pas un rembobinage. Et « ne pas pouvoir pécher » est exactement ce que l'étude sur le second Adam a reconnu au Christ : ce que nous serons est ce qu'il est.
La dernière page de la Bible le montre aussi. Jean écrit de la ville nouvelle : « Je ne vis point de temple dans la ville ; car le Seigneur Dieu tout-puissant est son temple, ainsi que l'agneau » (Apocalypse 21:22). Non que le sanctuaire soit aboli : il a débordé, la ville entière est le lieu de la présence. Adam devait étendre le jardin-sanctuaire à toute la terre ; ce qu'il n'a pas fait est fait. Et au chapitre 22, un fleuve, un arbre de vie, et « ses serviteurs le serviront » (22:3) — le mandat de Genèse 2:15, rendu. Mais dans une ville. La Bible ne se termine pas par un retour au jardin : elle se termine par une ville, avec un jardin dedans. Ce que Dieu rend est plus grand que ce qu'il avait donné.
Et la prière de Paul prend alors tout son sens : « que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Thessaloniciens 5:23). L'étude sur la constitution de l'homme a montré que ce verset n'est pas un inventaire de pièces. Voici ce qu'il est : une prière tendue vers une échéance. Le mot grec traduit par « tout votre être », ὁλόκληρον, dit « entier, sans qu'il manque une part ». Paul empile les mots non pour les distinguer, mais pour n'en oublier aucun — comme quelqu'un qui, confiant un dépôt, énumère pour être sûr que tout y est.
La glorification est l'acte par lequel Dieu, à la manifestation du Christ, en un instant et pour toujours, transforme la personne entière — corps compris — à la ressemblance du corps glorieux de son Fils, en abolissant la corruption au lieu de la couvrir.
Reprenez-la mot à mot. L'acte par lequel Dieu : ce n'est pas nous. À la manifestation du Christ : la date. En un instant : ce n'est pas progressif. Pour toujours : c'est confirmé. La personne entière, corps compris : ce n'est pas une évasion. À la ressemblance du corps de son Fils : le modèle a un visage. En abolissant la corruption au lieu de la couvrir : ce n'est pas un vêtement.
#Ce que ce parcours a soutenu
Au terme de ces douze études, cinq propositions — non pas un résumé, mais ce qui a été défendu.
- L'être humain est un tout. Corps et esprit, deux composants réellement distincts, jamais destinés à être séparés. La poussière n'est pas votre humiliation, et le souffle n'est pas votre évasion.
- Il est image de Dieu, et ne cesse jamais de l'être. Aucun être humain, si dégradé soit-il, n'est hors de portée, parce qu'aucun n'a cessé de porter l'image.
- Ce qui a été perdu au chapitre 3 est une direction, non une pièce. L'homme déchu n'est pas amputé, il est retourné : son problème premier n'est pas un manque de capacité, mais un manque de lumière.
- Il est un être représenté. En Adam par institution, non par les veines ; en Christ par institution, et l'on y entre en recevant. Ce qui est saisi se perd ; ce qui est reçu demeure.
- Sa fin n'est pas la libération hors du corps, mais la glorification du tout — et elle dépasse son commencement.
Il n'y a pas de partie de vous qui soit négligeable. Ni votre corps, qui n'est pas le logement provisoire d'un locataire spirituel : c'est celui-ci qui sera relevé et changé. Ni votre histoire, ni votre intelligence, ni votre fatigue. Une anthropologie décide de ce qu'on prend au sérieux : celle-ci vous interdit de traiter votre vie corporelle comme un détail en attendant les choses sérieuses. Les choses sérieuses se passent dedans.
Il n'y a pas non plus de partie de vous qui puisse se sauver toute seule. Vous n'avez pas en réserve un noyau intact à partir duquel on pourrait vous reconstruire. Ce que vous avez, vous l'avez reçu. Ce que vous serez, vous le recevrez.
Ces deux phrases semblent tirer en sens contraire : prenez-vous entièrement au sérieux, et n'attendez rien de vous-même. Elles ne se contredisent pas. C'est exactement la situation d'un être qui est image sans en être l'auteur.
Et devant un cercueil, n'embellissez pas la mort : c'est un démontage, et Paul lui-même la redoute. Dites plutôt ce que le Nouveau Testament dit : pour qui est au Christ, être avec lui est « de beaucoup le meilleur » — et ce n'est pas encore la fin. La fin, c'est le corps relevé.
Qu'espérez-vous vraiment après la mort : une évasion hors de ce corps, ou le relèvement de ce corps-ci, changé ? Et qu'est-ce que votre réponse change à la manière dont vous traitez votre corps aujourd'hui ?
#Qu'est-ce que l'homme ?
Ce parcours a commencé par une question ancienne, que le psalmiste adressait à Dieu : qu'est-ce que l'homme ? Il a fallu travailler l'hébreu et le grec, exposer des débats que l'Église n'a pas tranchés, concéder des versets difficiles, distinguer chaque fois ce qui est établi de ce qui est probable.
Voici où cela aboutit. La réponse à « qu'est-ce que l'homme ? » n'est pas une définition. C'est un homme : celui qui a pris la poussière sur lui, qui a écouté jusqu'au bout, et qui est sorti du tombeau avec un corps.
Ce que nous serons est ce qu'il est.
#Références bibliques
- Genèse 2:7 ; Ecclésiaste 12:6-7 ; 3:21 — la mort, démontage de l'équation
- Matthieu 10:28 ; Philippiens 1:23 ; Luc 23:43 ; Apocalypse 6:9-10 ; Luc 16:19-31 — un état conscient
- Ecclésiaste 9:5-10 — « les morts ne savent rien » : ce qui se fait sous le soleil
- 2 Corinthiens 5:4, 8 — non pas dévêtus, mais revêtus : un état d'attente
- Ecclésiaste 12:14 ; Hébreux 9:27 ; Amos 4:12 ; Actes 7:59 ; Luc 23:46 — même destination, deux accueils
- 1 Corinthiens 15:35-49 — le grain, le corps « spirituel », l'image du céleste
- 1 Corinthiens 15:26, 51-54 ; Luc 24:39 ; Romains 8:11 — changé, non couvert
- Romains 8:23, 30 ; Colossiens 1:23 — certaine dans le dessein de Dieu, attendue, pour qui demeure dans la foi
- 1 Corinthiens 15:52 ; 1 Thessaloniciens 4:16-17 ; Colossiens 3:4 ; 1 Jean 3:2 — quand
- Philippiens 3:21 ; 1 Jean 3:2 — comment
- Apocalypse 21:22 ; 22:1-3 ; 1 Thessaloniciens 5:23 — la fin dépasse le commencement
À lire aussi
La restauration
Le soir de Pâques, Jésus souffle sur ses disciples avec un verbe grec presque introuvable — celui de Genèse 2:...
DoctrineDe quoi l'homme est-il fait ?
« Vous n'avez pas une âme, vous êtes une âme. » La formule circule beaucoup — et pour une fois, elle est plus...
DoctrineD'où vient votre esprit ?
« C'est une vieille âme. » « Je suis un être spirituel vivant une expérience humaine. » Ces phrases passent au...