Une sagesse qui n'en est pas une
« C'est une vieille âme. » « Nos âmes se sont reconnues. » « Je crois qu'on choisit ses parents. » « Je ne suis pas un être humain vivant une expérience spirituelle, je suis un être spirituel vivant une expérience humaine. »
Vous avez entendu ces phrases. Elles ne se présentent jamais comme une doctrine : elles se présentent comme de la sagesse, de la profondeur, du bon sens un peu mystique. Or elles disent toutes la même chose, avec une grande précision : votre esprit existait avant votre corps.
Cette étude va montrer pourquoi c'est faux, et surtout ce que cela coûte de le croire. Mais pour cela, il faut d'abord poser la bonne question.
Les études précédentes ont établi que l'homme est fait de deux composants — un corps formé du sol, un esprit donné par Dieu — et que cet esprit n'est pas un morceau détaché de la divinité. Le verset décisif était celui-ci :
Zacharie 12:1 (LSG)
Ainsi parle l'Éternel, qui a étendu les cieux et fondé la terre, et qui a formé l'esprit de l'homme au dedans de lui.
Dieu forme l'esprit de l'homme — avec le verbe du potier, celui-là même qui sert en Genèse 2:7 pour le corps. Or ce qu'on forme est une créature : cela a un commencement, cela n'est pas éternel, cela n'est pas un fragment du formateur. Le potier n'est pas dans le pot.
Bien. Mais alors : quand cet esprit commence-t-il ? Et comment ?
Prenez trois enfants nés cette année dans une même assemblée. Chacun a un esprit. D'où vient-il ? Dieu a-t-il créé, à trois moments précis, trois esprits neufs qu'il a joints à trois corps en formation ? Ou ces esprits sont-ils venus des parents, comme est venu le corps ?
Ce n'est pas une curiosité de séminaire. Trois questions redoutables pendent au bout de celle-là. Si Dieu crée directement chaque esprit, crée-t-il des esprits déjà pécheurs — et sinon, d'où vient le péché de l'enfant ? Le Christ, qui a pris de Marie une humanité complète, a-t-il reçu son esprit humain par notre canal ou autrement ? Et l'embryon de six semaines : à partir de quand y a-t-il quelqu'un ?
#Les trois réponses
| Position | Thèse | |
|---|---|---|
| 1 | Créationnisme | Dieu crée directement chaque esprit, à la conception de chaque personne. |
| 2 | Traducianisme | L'esprit vient des parents, avec le corps, par la génération ordinaire. |
| 3 | Préexistence | L'esprit existait avant le corps et l'a rejoint. (écartée) |
Un mot sur le ton, car il change en cours de route.
Entre les lignes 1 et 2, nous avons un désaccord chrétien légitime. Des hommes que l'on respecte sont dans les deux camps, aucun credo ne tranche, et le lecteur aura parfaitement le droit de repartir avec l'autre position.
La ligne 3 est d'une autre nature. Ce n'est pas une option minoritaire : c'est une idée que l'Écriture exclut, que l'Église a examinée et écartée, et qui a des conséquences graves sur ce que nous croyons du corps, de la mort et du salut. Sur celle-là, il n'y aura pas de neutralité.
#Première réponse : Dieu donne l'esprit
Le « créationnisme » dont il est question ici n'a rien à voir avec le débat sur l'âge de la terre et les origines de la vie. C'est un homonyme, et la confusion est fréquente. Il s'agit ici d'une thèse sur l'origine de l'esprit de chaque individu, et de rien d'autre.
La position dit ceci : Dieu crée l'esprit de chaque être humain à sa conception, et le joint au corps que les parents ont engendré. Les parents transmettent le corps ; Dieu donne l'esprit. C'est la position de Jérôme au quatrième siècle, celle de Calvin et de la tradition réformée, et le dogme de l'Église catholique. Probablement la position majoritaire de l'histoire chrétienne.
Deux textes portent l'essentiel.
Ecclésiaste 12:7 — « la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné ». Le mot à peser est le dernier. Qohélet ne dit pas que l'esprit retourne à celui qui l'a mis en circulation quelque part au commencement : il retourne au donateur. Et un mouvement de retour suppose un mouvement d'aller. Dieu a donné cet esprit-là, à cette personne-là.
Hébreux 12:9 — « nos pères selon la chair nous ont châtiés… ne devons-nous pas nous soumettre au Père des esprits ? » D'un côté des pères, au pluriel, dont la paternité porte sur la chair. De l'autre un Père, au singulier, dont la paternité porte sur les esprits. Le verset semble dire la doctrine en huit mots.
Et maintenant l'honnêteté, car c'est ici qu'elle coûte. Ce verset ne parle pas de l'origine de l'esprit : il parle de la discipline paternelle, et la question de savoir comment un esprit vient à l'existence n'est manifestement pas dans la tête de l'auteur. L'opposition « chair / esprits » peut très bien fonctionner comme une opposition de sphères — les pères terrestres, le Père céleste. Le texte est cohérent avec cette position ; il ne la démontre pas.
Sa difficulté, en revanche, est sérieuse. Si Dieu crée directement chaque esprit, et si tout être humain naît pécheur, alors de deux choses l'une : ou bien Dieu crée un esprit déjà corrompu — et il devient l'auteur du péché, conclusion impossible ; ou bien il crée un esprit pur qui se corrompt au contact du corps — et l'on vient de faire entrer par la petite porte l'idée que le mal loge dans la matière. Or nous avons vu que la Bible dit exactement l'inverse du corps.
#Seconde réponse : les parents engendrent la personne entière
Le mot vient du latin traducere, « faire passer » — celui qui a donné « traduire ». La position dit que l'être humain engendre l'être humain tout entier : les parents transmettent non seulement le corps, mais la personne complète, esprit compris. Dieu n'est pas absent — il est l'auteur et le soutien de tout le processus, comme il l'est de la croissance du blé — mais il agit par le moyen qu'il a institué : la génération.
C'est la position de Tertullien, de Luther, et de théologiens réformés majeurs. Et Augustin, qui est peut-être le plus grand esprit de l'Occident chrétien sur ces matières, a hésité toute sa vie : il écrit à Jérôme qu'il ne parvient pas à trancher, et il meurt sans avoir tranché. Il n'y a pas de meilleur argument contre le dogmatisme sur ce point.
Son meilleur texte est Genèse 5:3 : « Adam engendra un fils à sa ressemblance, selon son image ». Ce sont exactement les deux mots de Genèse 1:26, employés ici pour une génération humaine. Or l'image de Dieu n'est pas une affaire de corps seulement. Ce qu'Adam transmet à Seth engage donc la personne entière.
S'y ajoutent Psaume 51:7 — « je suis né dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché » : la corruption n'est pas quelque chose que David a attrapé en route, elle est là au point de départ — et Jean 3:6 : « ce qui est né de la chair est chair », c'est-à-dire un homme entier dans son état de faiblesse, pas un corps auquel il manquerait quelque chose.
Sa difficulté est philosophique plus qu'exégétique : comment une réalité immatérielle se divise-t-elle ? Un corps se transmet parce qu'il a des parties. Un esprit, s'il n'en a pas, ne peut ni se couper ni s'écouler. Il faut donc ou bien rendre l'esprit un peu matériel — c'était la solution de Tertullien, et elle coûte cher —, ou bien avouer que le mode de la transmission nous échappe. Ce qui n'est pas déshonorant : nous ignorons énormément de choses.
#Ce qui est retenu, et à quel titre
La difficulté du créationnisme — d'où vient alors le péché ? — ne tient que si l'on se représente le péché originel comme une substance : une tache, un liquide infecté qui doit bien voyager par un canal physique. Si c'est cela, il faut un tuyau.
Mais l'Écriture oblige à distinguer deux choses que nous confondons. Ce qui se transmet par la naissance, c'est une nature humaine réellement abîmée — faible, inclinée ; ce n'est pas le relevé des fautes de vos parents, car « le fils ne portera pas l'iniquité de son père » (Ézéchiel 18:20). Et ce qui condamne, c'est autre chose : c'est la place. Adam n'est pas, dans Romains 5, un porteur sain qui aurait contaminé sa descendance : il y est un chef dont l'acte engage ceux qu'il représente — exactement comme, en sens inverse, l'obéissance d'un seul rend justes un grand nombre de gens qui n'ont rien fait pour cela.
Cette doctrine est ici empruntée, non démontrée — elle relève de l'étude sur le péché originel, et n'est invoquée que pour montrer qu'une difficulté se lève. Dieu ne crée alors ni un esprit corrompu, ni un esprit pur que le corps viendrait salir : il donne un esprit à une personne.
Voici donc ce qui est retenu — le créationnisme — et à quel titre exactement.
Première raison, tirée des textes. Les deux seuls passages de la Bible qui parlent de l'origine de l'esprit d'un individu se lisent plus naturellement ainsi. Ecclésiaste 12:7 parle d'un don fait à quelqu'un, qui appelle une restitution. Zacharie 12:1 emploie un participe, qui range la formation de l'esprit humain parmi les choses que Dieu fait de manière continue, à côté d'étendre les cieux et de fonder la terre. Ni l'un ni l'autre ne prouve quoi que ce soit — ils n'ont pas la question en tête. Mais leur pente va de ce côté.
Seconde raison, de sobriété. L'autre position doit postuler un mode de transmission dont elle ne peut rien dire. À difficultés comparables, mieux vaut celle qui exige le moins de constructions invérifiables.
Trois précisions comptent autant que la position elle-même.
Un. Il ne s'agit pas d'un Dieu qui fabriquerait un esprit à côté pour le glisser ensuite dans un corps déjà prêt — ce serait déjà de la préexistence en miniature. Zacharie dit que Dieu forme l'esprit au-dedans de l'homme. Dieu agit dans le processus qu'il a institué, pas à côté. Le Psaume 139 le dit magnifiquement : « c'est toi qui m'as tissé dans le sein de ma mère » — et le verbe employé est celui du brodeur.
Deux. Il n'y a jamais, à aucun instant, un esprit d'un côté et un corps de l'autre. La personne commence entière.
Trois. Cette position est tenue comme probable, pas comme certaine. Augustin ne l'a pas tranchée ; Luther et Calvin ne sont pas d'accord. Qui repart avec l'autre est en bonne compagnie.
#À partir de quand y a-t-il quelqu'un ?
Voici la question que vous avez peut-être en tête depuis le début. Et il faut remarquer d'abord ceci : les deux positions convergent. Le créationniste dit que Dieu donne l'esprit à la conception ; l'autre dit que la personne entière est engendrée à la conception. Ils ne s'accordent sur rien du mécanisme, et ils arrivent au même point : il y a quelqu'un dès le commencement.
Et l'Écriture parle de ce commencement en langage de personne, jamais en langage de matériau.
« Je n'étais qu'une masse informe, et tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m'étaient destinés. » — Psaume 139:16
Le mot traduit par « masse informe » est un terme rare qui désigne justement l'embryon encore sans figure — et Dieu le regarde comme il regarde quelqu'un. Jérémie est connu de Dieu avant sa naissance. Jean tressaille dans le ventre d'Élisabeth.
#La troisième réponse : la préexistence
Nous arrivons au point où la neutralité cesse.
L'idée est ancienne et simple : votre esprit existait avant votre corps. Il ne vous attendait pas, il vivait ailleurs, et la naissance a été pour lui une entrée — parfois une chute, parfois une mission, parfois un retour.
On la rencontre sous plusieurs formes. La philosophique, chez Platon : l'âme a contemplé les réalités vraies avant sa descente, apprendre n'est que se ressouvenir, et le corps est un tombeau. La chrétienne, examinée et écartée : Origène, au troisième siècle — l'un des plus grands lecteurs de la Bible de tous les temps, et ce n'est pas dit ironiquement — soutenait que Dieu avait créé au commencement une multitude d'esprits égaux, qu'ils se sont détournés à des degrés divers, et que les corps leur ont été donnés selon la gravité de leur chute. La conséquence est logique et terrible : votre corps est la conséquence de votre péché — non celui d'Adam, mais le vôtre, commis avant votre naissance. L'Église a examiné cette construction pendant trois siècles et l'a formellement condamnée.
Et puis il y a la forme diffuse, celle qu'on rencontre réellement : les phrases du début de cet article. Elles ne s'énoncent jamais comme une doctrine. Elles disent pourtant exactement celle d'Origène, en une ligne — et elles passent aujourd'hui pour de la sagesse.
Il faut y ajouter la réincarnation, qui est la même idée mise en boucle, et qui circule largement, y compris chez des gens qui se disent chrétiens et qui n'ont jamais mis les deux croyances face à face.
#Pourquoi l'Écriture l'exclut
Deux raisons — et deux, pas davantage. On pourrait en aligner cinq en les découpant habilement ; ce serait de la mauvaise monnaie.
Un — l'ordre des opérations en Genèse 2:7. Dieu forme le corps, puis il souffle, et l'homme devient un être vivant. Il n'y a rien avant. Si un esprit avait attendu quelque part, le texte le dirait — il avait tout le vocabulaire pour cela. Et surtout, souvenez-vous de la grammaire : l'homme devint. Ce n'est pas la rencontre de deux réalités préexistantes, c'est un commencement.
Deux — Zacharie 12:1, et c'est le texte décisif. Deux choses dans le même demi-verset. Le verbe d'abord : ce qui est formé a un commencement, et n'est pas un morceau du formateur. Le lieu ensuite : « au-dedans de lui ». Dieu ne forme pas l'esprit dans un ailleurs d'où il l'expédierait ; il le forme au-dedans de la personne. Un verbe qui date le commencement, un complément qui en situe le lieu.
(On cite souvent aussi Hébreux 9:27, « il est réservé aux hommes de mourir une seule fois ». Soyons exact : ce verset ne vise pas la préexistence comme telle — Origène la tenait sans tenir la réincarnation. Ce qu'il exclut, c'est le cycle. Excellent contre la réincarnation, sans effet ailleurs.)
#Les deux textes qu'on opposera
Jérémie 1:5 : « Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais ». N'est-ce pas dire que Jérémie était déjà là ?
Non — et la réponse est dans le verset lui-même. D'abord le verbe : « avant que je t'eusse formé ». Le texte pose donc explicitement qu'il y a eu un moment de formation, et l'on ne forme pas ce qui existe déjà. Loin d'établir la préexistence, ce verset la rend impossible : il date le commencement de Jérémie. Ensuite « connaître » : dans la bouche de Dieu, ce verbe ne désigne pas une information mais un choix — comme lorsque Dieu dit d'Israël « je vous ai connus, vous seuls, entre toutes les familles de la terre », ce que la Segond traduit d'ailleurs par « je vous ai choisis ». Enfin la suite du verset : « je t'avais consacré, je t'avais établi prophète ». Le verset parle d'une vocation, pas d'une biographie antérieure.
Un architecte peut connaître une maison en détail, l'aimer, la nommer, en fixer l'usage — dix ans avant la première pierre. La maison n'existe pas pour autant. Elle existe dans son dessein, ce qui est infiniment mieux que d'exister par hasard.
C'est la distinction à emporter, et elle vaut pour toute la Bible : les textes qui parlent de nous « avant » disent où était le choix de Dieu, non où nous étions.
Éphésiens 1:4 : « en lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde ». Même réponse — et notez les deux premiers mots. Ce qui préexiste, c'est le Christ, et notre élection est en lui. Ce n'est pas nous qui flottions avant la création : c'est le décret de Dieu qui nous concernait déjà.
#« Mais Jésus, lui, préexistait »
L'objection est juste, et la réponse est celle de tous les conciles. Ce qui préexiste dans le Christ, c'est la personne divine du Fils, éternellement engendrée du Père : « au commencement était la Parole » ; « avant qu'Abraham fût, je suis ».
Mais son humanité — corps et esprit humains — commence à l'incarnation. Elle a une date. Le Fils éternel n'a pas pris une humanité qui l'attendait quelque part : il l'a assumée en la faisant commencer.
La préexistence du Fils est donc celle d'une personne divine, pas celle d'une âme humaine. Confondre les deux, c'est exactement l'erreur d'Origène — et c'est la raison profonde pour laquelle l'Église, en écartant la préexistence des âmes, protégeait sans le dire la doctrine de l'incarnation.
#Éternel, ou immortel ?
Reste à nommer la racine de tout ce que nous venons d'écarter. Elle tient dans une confusion entre deux mots que le français nous laisse mélanger.
Nous disons « âme immortelle » et nous entendons « âme éternelle ». Or si l'âme est éternelle, elle n'a pas de commencement ; si elle n'a pas de commencement, elle a bien dû être quelque part avant ; et nous voilà chez Origène sans nous en apercevoir.
Ce sont pourtant deux propriétés totalement différentes. L'éternité, au sens strict, ce n'est pas « très longtemps » : c'est l'absence de commencement et l'absence de dépendance. C'est le propre de Dieu seul — « Je suis celui qui suis » ; « d'éternité en éternité tu es Dieu ». L'immortalité, c'est simplement le fait de ne pas finir. Et voyez à qui Paul l'attribue :
1 Timothée 6:16 (LSG)
qui seul possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir, à qui appartiennent l'honneur et la puissance éternelle. Amen !
Paul ne dit pas que nous ne vivrons pas toujours. Il dit qu'aucune créature ne possède l'immortalité comme un bien propre. Ce que nous en avons, nous le recevons. Et il le confirme au futur, ce qui est décisif : « il faut que ce corps mortel revête l'immortalité » (1 Corinthiens 15:53). On revêt ce qu'on n'a pas sur soi. Notre immortalité est devant nous ; elle est donnée ; c'est un vêtement, pas une nature.
| Éternité | Immortalité | |
|---|---|---|
| Commencement | sans commencement | avec un commencement |
| Fin | sans fin | sans fin |
| Dépendance | aucune | reçue, portée, dépendante |
| Statut | propriété exclusive de Dieu | propriété donnée à la créature |
Dieu est éternel ; nous sommes destinés à être immortels. Ce n'est pas une nuance de vocabulaire : c'est la différence entre le Créateur et la créature.
La Genèse le disait déjà par une image. Il y a, au chapitre 3, un arbre de vie, et Dieu en interdit l'accès à l'homme déchu. Pourquoi cet arbre existe-t-il ? Parce que la vie sans fin n'a jamais été, pour l'homme, une propriété qu'il aurait portée en lui. Elle a toujours été quelque chose qu'il devait recevoir, et recevoir continuellement.
Peut-on encore dire « âme immortelle » ? Oui, si l'on sait ce qu'on met dessous. Sans fin : oui. Sans commencement : non. Par nature : non plus.
#Les deux positions en vis-à-vis
Créationnisme
Dieu crée l'esprit à chaque conception, et le joint au corps engendré par les parents.
- Ecclésiaste 12:7 — « qui l'a donné »
- Zacharie 12:1 — « il forme », au présent continu
- Hébreux 12:9 — « le Père des esprits »
Jérôme · Calvin · Hodge · dogme catholique
Difficulté : l'origine du péché dans un esprit créé par Dieu.
Traducianisme
Les parents engendrent la personne entière, esprit compris, par la génération ordinaire.
- Genèse 5:3 — « à sa ressemblance, selon son image »
- Psaume 51:7 — conçu dans le péché
- Jean 3:6 — né de la chair
Tertullien · Luther · Shedd (Augustin : sans réponse)
Difficulté : comment une réalité immatérielle se divise-t-elle ?
#À retenir
- Deux positions chrétiennes se disputent l'origine de l'esprit. Les deux ont des textes, les deux ont une difficulté, aucune n'est une hérésie.
- La première est retenue ici, pour deux raisons modestes qui ne sont pas des preuves : la pente d'Ecclésiaste 12:7 et de Zacharie 12:1, et le fait qu'elle exige moins de constructions invérifiables.
- Sur le commencement de la personne, les deux positions convergent : il y a quelqu'un dès le commencement.
- La préexistence, elle, est exclue — pas par préférence, mais par un verbe qui date le commencement et par un mot qui en situe le lieu. Vous n'avez pas attendu votre corps : vous avez commencé avec lui.
- Dieu seul est éternel. Nous sommes des créatures appelées à revêtir l'immortalité.
Vous avez un commencement — et c'est une bonne nouvelle. Notre époque vend le contraire comme une profondeur : être une vieille âme, avoir déjà vécu, venir de loin. Mais regardez ce que cela dit vraiment de vous — que votre corps est un accident, que votre vie est un épisode, et que ce qui vous est arrivé de plus important vous est arrivé avant votre naissance. L'Écriture dit l'inverse. Vous avez une date. Vous n'êtes pas un fragment de divinité en exil ni un voyageur de passage : vous êtes une créature voulue, commencée, appelée par son nom.
Votre corps n'est pas un vêtement d'emprunt. Toutes les formes de la préexistence, sans exception, dévalorisent le corps — car si vous existiez avant lui, vous pouvez exister sans lui, et il devient facultatif. C'est pourquoi cette question, qui paraissait spéculative, décide en réalité de ce que vous croirez sur la résurrection.
Sur les commencements de la vie. Les deux positions convergent : au commencement, il y a quelqu'un. Pour ceux qui ont perdu un enfant très tôt, cela veut dire quelque chose de simple, et qu'il faut dire clairement : ce n'était pas un projet qui n'a pas abouti. C'était quelqu'un.
Votre immortalité, vous ne la possédez pas : vous la recevez. Ce qui est reçu se demande, et ce qui se demande crée une dépendance. Il n'y a rien en vous qui vous garantisse de durer. Il y a quelqu'un qui vous fait durer.
Les phrases de la préexistence diffuse sont dans toutes les bouches, et elles se présentent comme de la sagesse et non comme une doctrine. Laquelle avez-vous déjà reprise à votre compte sans l'examiner, et que dit-elle en réalité de votre corps ?
#Vers la suite
Nous avons maintenant l'homme au complet : fait à l'image de Dieu, constitué d'un corps et d'un esprit, et nous savons d'où vient chacun des deux.
L'étude suivante cessera de démonter la machine pour regarder où elle a été posée. Nous ouvrirons Genèse 2 et nous demanderons dans quel lieu l'homme a été installé, et à quel titre. Vous découvrirez que le jardin d'Éden n'est pas décrit comme un lieu de vacances, mais comme un sanctuaire — et que l'homme y est installé avec le vocabulaire des prêtres.
#Références bibliques
- Zacharie 12:1 — Dieu forme l'esprit de l'homme au-dedans de lui
- Ecclésiaste 12:7 — l'esprit retourne à Dieu « qui l'a donné »
- Hébreux 12:9 — « le Père des esprits »
- Genèse 2:7 — l'ordre des opérations : rien avant le corps
- Genèse 5:3 — « à sa ressemblance, selon son image »
- Psaume 51:7 ; Jean 3:6 — la corruption présente dès le départ
- Ézéchiel 18:20 — le fils ne porte pas l'iniquité de son père
- Psaume 139:13-16 — tissé dans le sein maternel, vu avant d'avoir une figure
- Jérémie 1:5 — « avant que je t'eusse formé… je te connaissais »
- Éphésiens 1:4 — élus « en lui », avant la fondation du monde
- Hébreux 9:27 — mourir une seule fois
- Exode 3:14 ; Psaume 90:2 — Dieu seul est sans commencement
- 1 Timothée 6:16 ; 1 Corinthiens 15:53 — lui seul possède l'immortalité ; nous la revêtirons
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