Comment le Christ restaure-t-il l'image ?
Que perd-on exactement, au chapitre 3 de la Genèse ? Trois choses. Une charge : Adam devait servir et garder le jardin, et il s'est tu. Un vêtement : « ils connurent qu'ils étaient nus ». Une communion : ils se cachent, ils s'accusent, ils sont chassés.
Ces trois pertes ne sont pas trois accidents séparés. Ce sont trois symptômes d'une seule chose : l'image de Dieu, qui n'a pas été effacée, mais défigurée. La première étude de cette série l'a établi — l'homme déchu porte encore l'image, et la rédemption n'est pas la fabrication d'une image disparue, mais la restauration d'une image toujours là, et brisée.
Que le Christ restaure l'image, tout chrétien le dira. La vraie question est ailleurs : comment ? Une affirmation dont on ne connaît pas le moyen ne se distingue pas d'un vœu pieux, et elle ne sert à rien le lundi matin. Le Nouveau Testament, lui, répond à cette question, et de manière précise. Mais il faut d'abord revenir en Genèse 3, là où tout a été perdu — et où, déjà, tout a été promis.
#La promesse, entendue par-dessus l'épaule
Dieu prononce trois sentences : au serpent, à la femme, à l'homme. La première parole d'espérance de toute la Bible est dans la première — elle est dite au serpent.
« Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. » — Genèse 3:15
Ce n'est donc pas une consolation adressée aux coupables : c'est une menace adressée à l'adversaire, que les coupables entendent par-dessus l'épaule. Personne, dans cette scène, n'a rien demandé. Personne ne s'est repenti : Adam vient d'accuser la femme, et Dieu à travers elle ; la femme vient d'accuser le serpent. C'est au milieu de ce spectacle que tombe la promesse.
Et elle commence par un mot qu'on survole : « Je mettrai inimitié ». Juste avant, il y avait entre la femme et le serpent une conversation, une écoute, un accord. Le premier geste de la grâce est de briser cette entente. Avant qu'il y ait un vainqueur, il y a une guerre — et c'est déjà une bonne nouvelle, parce qu'une paix avec cela n'était pas une paix.
#Un même verbe, deux fois
On entend souvent que les deux verbes du verset sont différents — l'un fort, « écraser », l'autre faible, « blesser » — et que toute l'asymétrie est là. La Segond traduit bien ainsi. Mais ce n'est pas ce que dit l'hébreu.
הוּא יְשׁוּפְךָ רֹאשׁ וְאַתָּה תְּשׁוּפֶנּוּ עָקֵב : « lui te shuf la tête, et toi tu lui shuf le talon ».
Le verbe est le même aux deux endroits : שׁוּף, shuf. Il est si rare que son sens exact — broyer, viser, atteindre ? — reste discuté. Darby le rend deux fois par « briser ».
L'asymétrie n'est donc pas dans le verbe, mais dans les parties du corps : רֹאשׁ, rosh, la tête ; עָקֵב, aqev, le talon.
Le point tient toujours, mais il ne tient pas où l'on croyait. Le même coup n'a pas le même effet selon l'endroit où il porte. À la tête d'un serpent, il est mortel. Au talon d'un homme, il fait mal, il peut faire tomber, il ne tue pas — et c'est exactement là qu'un serpent peut atteindre un homme debout.
#Quelqu'un, ou une lignée ?
« Sa postérité » — littéralement « sa semence », זֶרַע, zera' — désigne-t-elle quelqu'un ou une descendance ? L'hébreu seul laisse la question ouverte : c'est un nom collectif, comme « la descendance » en français, et un collectif prend un verbe au singulier même quand il désigne une multitude. Le pronom « lui », הוּא, insiste, mais il peut lui aussi reprendre un collectif.
Et voici la pièce la plus intéressante. La Septante — la traduction grecque de l'Ancien Testament, faite par des Juifs d'Alexandrie deux à trois siècles avant Jésus-Christ — traduit « semence » par σπέρμα, un mot neutre. La grammaire exige donc de le reprendre par un pronom neutre, αὐτό. Le traducteur écrit αὐτός : au masculin. Il a rompu l'accord. Un traducteur qui connaît sa langue ne fait pas cette faute par distraction dans une phrase aussi courte : il a compris que le vainqueur annoncé était quelqu'un, et il l'a fait entendre en tordant sa grammaire.
Cela n'établit pas que ce quelqu'un soit Jésus — le traducteur ne pouvait pas le savoir. Mais cela établit qu'une lecture individuelle de Genèse 3:15 existait dans le judaïsme avant le christianisme. Elle n'est pas une invention chrétienne après coup.
Puis Paul écrit : « Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds » (Romains 16:20). Un écrasement, un adversaire, des pieds — et des pieds au pluriel : Paul écrit à une Église. Il ne choisit donc pas entre l'individu et la lignée : il tient les deux. Un seul vainqueur — c'est Dieu qui écrase —, et une victoire partagée par ceux qu'il représente. C'est exactement la structure de la représentation : un seul agit, et le grand nombre est constitué avec lui. (On cite souvent aussi Galates 3:16, où Paul insiste sur « ta postérité » au singulier ; mais il y parle de la promesse faite à Abraham, non de Genèse 3:15.)
La promesse contient donc, en une seule phrase, un vainqueur désigné comme quelqu'un, une blessure réelle infligée à ce vainqueur, une tête écrasée — une défaite définitive, non un recul —, et une victoire partagée. Nous sommes au troisième chapitre de la Bible, avant Abraham, avant la Loi, avant les prophètes. La promesse est posée presque en même temps que le problème.
#La charge rendue : un gardien qui se met devant
« Elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle » (Genèse 3:6). L'étude sur la chute a montré que le sens le plus probable est local : Adam était là, pendant tout le dialogue, et silencieux. Or il avait reçu la charge de garder le jardin, שָׁמַר, shamar (2:15). Un gardien assiste à l'intrusion et ne dit rien : c'est le manquement le plus littéral qu'on puisse imaginer — exactement l'inverse du mandat, au moment précis où il fallait l'exercer.
Écoutez maintenant le second Adam, la veille de sa mort :
« Lorsque j'étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J'ai gardé ceux que tu m'as donnés, et aucun d'eux ne s'est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l'Écriture fût accomplie. » — Jean 17:12
Le verbe « j'ai gardé », ἐφύλαξα, est celui-là même par lequel la Septante traduit le « garder » de Genèse 2:15. Ce n'est pas un rapprochement d'atmosphère : c'est le même mot dans la même Bible grecque.
Et regardez où cette garde s'exerce. Au moment de l'arrestation, la troupe est là, les armes aussi, et il dit : « Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci » (Jean 18:8). Le gardien se place entre l'intrus et ceux qui lui sont confiés — au moment exact où le premier s'était tu. Adam était dans un jardin, sans menace de mort, face à une créature qui parlait : il lui suffisait d'ouvrir la bouche. Celui-ci est dans la nuit, entouré d'hommes armés, et il sait ce qu'il lui en coûtera. Le premier se tait quand parler ne coûte rien ; le second parle quand parler coûte tout.
#Saisir, ou recevoir
Un rapprochement encore, qu'aucun texte du Nouveau Testament ne fait : il est proposé ici comme une lecture, à peser.
En Genèse 3:6, « elle prit ». Et la saisie devient le mode de fonctionnement de l'homme déchu : au verset 22, Dieu prévient que l'homme pourrait « avancer la main et prendre » aussi de l'arbre de vie. Or Paul écrit du Christ :
« … lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes. » — Philippiens 2:6-7
« Une proie à arracher » traduit ἁρπαγμός, harpagmos, de ἁρπάζω, « saisir de force ». Le sens exact du mot est discuté — une chose qu'on a et à laquelle on se cramponne, ou une chose qu'on n'a pas et qu'on veut rafler —, mais le contraste tient dans les deux cas. Ève saisit ce qu'elle n'avait pas ; le Christ ne s'agrippe pas à ce qu'il avait. Et il y a bien un verbe de prise : il « prend » — mais ce qu'il prend, c'est une forme de serviteur. Le geste d'Ève, retourné : la main se tend, mais vers le bas.
Ève ne convoitait pas une mauvaise chose : elle voulait être comme Dieu — elle qui avait déjà été faite à son image. Le geste déchu consiste à prendre ce qui allait venir ; le geste inverse, à recevoir en attendant.
La charge de Genèse 2:15 n'est donc pas annulée : elle a été exercée — par un autre, et correctement —, et elle nous est rendue depuis lui. L'ordre compte, et l'inverser ruine tout : on ne garde pas d'abord pour mériter d'être gardé. On est gardé, et de là on garde. Ce même ordre va revenir trois fois : quelque chose est fait pour nous avant d'être demandé de nous.
#Le vêtement rendu : c'est Dieu qui habille
Genèse 3 contient deux vêtements, à quinze versets d'écart. Au verset 7, ils cousent des feuilles de figuier et s'en font des ceintures : un vêtement fabriqué, par eux, minimal. Au verset 21 :
« L'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit. » — Genèse 3:21
Trois différences, toutes dans le texte. Le premier est cousu par eux, le second est fait par Dieu. Le premier est de feuilles, le second de peau. Et surtout, le second, c'est Dieu qui le leur met : le verbe n'est pas « il leur donna », mais « il les en revêtit ». Il ne dépose pas les tuniques devant eux en les laissant se débrouiller : il les habille, comme on habille un enfant, ou quelqu'un qui n'est plus en état de le faire lui-même.
Et notez quand : entre la sentence et l'expulsion. Pas avant le jugement, pour l'éviter ; pas après une réparation, pour la récompenser. Au milieu. Le jugement est prononcé, il n'est pas retiré — et à l'intérieur du jugement, quelqu'un les habille.
Le mot employé, כֻּתֹּנֶת, kuttonet, est celui de la tunique des prêtres, celle d'Aaron et de ses fils (Exode 28:4). Adam avait été installé comme prêtre d'un jardin-sanctuaire ; il est chassé ; et le dernier geste de Dieu avant l'expulsion est de le revêtir d'un vêtement de prêtre. Le texte ne dit pas « il les fit prêtres ». Mais il écrit pour des lecteurs qui connaissent Exode 28 par cœur, et il leur montre un couple chassé du sanctuaire, vêtu comme on vêt ceux qui y servent. La charge n'est pas retirée : recouverte, elle attend.
On entend souvent : « il a fallu qu'un animal meure ; c'est le premier sacrifice ». Le texte ne dit rien de tel. Il ne mentionne ni animal, ni mise à mort, ni autel. Il dit qu'il y a de la peau, et la peau vient de quelque part : c'est une inférence, raisonnable, qui doit rester une inférence. Ce qui est écrit suffit : le premier vêtement était fabriqué, le second est donné.
Une fois lancé, le vocabulaire du vêtement traverse toute la Bible. Le grand prêtre Josué se tient devant l'ange, « couvert de vêtements sales », et l'ange ordonne : « Ôtez-lui les vêtements sales ! … Vois, je t'enlève ton iniquité, et je te revêts d'habits de fête » (Zacharie 3:3-5). Josué ne se change pas : on le change. « Il m'a revêtu des vêtements du salut, il m'a couvert du manteau de la délivrance » (Ésaïe 61:10 — Darby : « la robe de la justice »). Et Paul : « Vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (Galates 3:27).
Voilà pourquoi l'image est si juste. Un vêtement est extérieur, et il est reçu. Ce n'est pas une qualité qu'on produit ; c'est une couverture qu'on vous met. Il ne prétend pas être votre peau, il ne raconte pas que le problème n'existait pas : il le couvre, ce qui suppose qu'il y avait quelque chose à couvrir. Et pourtant, celui qui vous voit vous voit vêtu — c'est réellement ainsi que vous paraissez. Extérieur, et pourtant vrai. Reçu, et pourtant porté. C'est la justification : non une fiction juridique, ni une qualité fabriquée sans le savoir, mais un vêtement. Et c'est le premier objet de ce que Paul appelle « recevoir » l'abondance de la grâce (Romains 5:17), dès Genèse 3.
#Le souffle rendu : le soir de Pâques
En Genèse 2:7, Dieu « souffla dans ses narines un souffle de vie ». La Septante traduit « il souffla » par un verbe grec presque introuvable : ἐνεφύσησεν, enephysēsen.
Dans toute la Bible grecque, le verbe n'apparaît presque nulle part, et toujours dans le même sens :
Genèse 2:7 — Dieu souffle dans les narines de l'homme, et l'homme devient un être vivant.
1 Rois 17:21 — Élie s'étend sur l'enfant mort de la veuve, et l'enfant revit.
Ézéchiel 37:9 — la vallée des ossements desséchés : « souffle sur ces morts, et qu'ils revivent ! »
Création, résurrection d'un enfant, résurrection d'un peuple : un souffle qui fait vivre ce qui ne vit pas. Le mot ne sert à rien d'autre.
Et le soir même de la résurrection, les portes fermées, Jésus entre, montre ses mains et son côté, puis :
Jean 20:22 (LSG)
Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit.
« Il souffla » : ἐνεφύσησεν. Il existait en grec plusieurs façons banales de dire qu'on souffle. Jean, nourri de la Septante, prend ce verbe — celui que ses lecteurs ne pouvaient pas entendre sans penser à Genèse 2:7. Ce n'est pas un choix de style : c'est une citation faite avec un seul mot. (Le grec dit simplement « il souffla » ; « sur eux » est un ajout légitime des traducteurs.)
L'étude précédente a montré que Paul cite Genèse 2:7 pour dire que le dernier Adam est devenu « un esprit qui fait vivre » (1 Corinthiens 15:45). C'était une définition ; Jean 20:22 en est l'exécution. Le dernier Adam fait, de sa propre bouche, le geste que Dieu avait fait sur la poussière.
Mais ce n'est pas une répétition : c'est une seconde création. Le premier souffle a fait des hommes vivants ; celui-ci est donné à des hommes déjà vivants — des hommes qui l'ont abandonné trois jours plus tôt, dont l'un l'a renié trois fois, et qui sont enfermés là par peur. Et il leur dit : « Recevez ». Encore un verbe de réception.
Quel est le rapport entre ce souffle et la Pentecôte d'Actes 2 ? Les chrétiens ne s'accordent pas — geste qui annonce, don distinct, anticipation —, et ce n'est pas le sujet ici. Ce que personne ne dispute, c'est le choix du verbe.
#L'image restaurée — et comment
Nous voici à la question de départ. Elle se résout en trois pas.
#Le Christ est l'image
Le Christ n'est pas seulement celui qui répare l'image : il est l'image. « Il est l'image du Dieu invisible » (Colossiens 1:15) ; Paul parle de « la gloire de Christ, qui est l'image de Dieu » (2 Corinthiens 4:4). Le mot est εἰκών, eikōn — celui-là même par lequel la Septante traduit l'« image » de Genèse 1:26.
Cela déplace toute la question. Restaurer l'image en nous ne consiste pas à réparer un gabarit abstrait : cela consiste à nous rendre semblables à quelqu'un. Nous sommes destinés à être « semblables à l'image de son Fils » (Romains 8:29). Genèse 1:26 disait « selon notre image », sans visage. Romains 8:29 donne le visage.
#On devient ce qu'on regarde
Et voici le verset qui répond à la question :
2 Corinthiens 3:18 (LSG)
Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit.
Chaque mot travaille. « Le visage découvert » : Paul vient de parler du voile de Moïse ; le premier geste de la restauration est un dévoilement. « Contemplons comme dans un miroir » : on regarde. « Nous sommes transformés en la même image » : la même que celle qu'on regarde. « De gloire en gloire » : par degrés. « Par le Seigneur, l'Esprit » : cela ne vient pas de nous.
On devient semblable à ce qu'on regarde. La restauration de l'image ne s'opère ni par un effort de ressemblance, ni par une injection invisible : elle s'opère par une contemplation. On nous montre quelqu'un, et à force de le regarder, on lui ressemble.
Et le verbe est passif : μεταμορφούμεθα, metamorphoumetha, « nous sommes transformés ». Votre part est de regarder ; ce n'est pas vous qui faites la transformation.
#Où regarde-t-on ?
Reste une question très pratique : nous n'avons pas vu son visage. Où voit-on cette gloire ?
Paul répond quelques versets plus loin : Dieu « a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ » (2 Corinthiens 4:6). Et Colossiens précise : l'homme nouveau « se renouvelle, dans la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé » (3:10).
τὸν νέον τὸν ἀνακαινούμενον εἰς ἐπίγνωσιν κατ' εἰκόνα τοῦ κτίσαντος αὐτόν : « le nouveau, qui est renouvelé en vue de la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé ».
ἀνακαινούμενον, anakainoumenon, est un participe présent passif : en cours, et reçu — le même régime qu'en 2 Corinthiens 3:18. Et κατ' εἰκόνα reprend Genèse 1:26 : la restauration est mesurée par la création, non par un modèle neuf.
Toute cette série converge ici. L'étude sur l'incapacité a conclu que ce qui manque à l'homme déchu n'est pas une faculté, mais la lumière. La gloire qu'on contemple est celle qui se donne dans la parole de l'Évangile. Regarder le Christ, pour nous, c'est l'entendre annoncé — et ce n'est pas un pis-aller : c'est le moyen normal. Ce n'est pas davantage une technique de méditation : c'est une gloire révélée, qui vient du dehors, et quelqu'un qui vous est montré.
Il faut alors distinguer nettement deux choses, sinon ce mécanisme fait des dégâts. Le vêtement est extérieur, immédiat, entier : un statut reçu d'un coup. La restauration de l'image est intérieure et progressive. Les deux sont vrais en même temps. Qui les confond, ou bien s'angoisse de ne pas ressembler à son vêtement, ou bien se dispense de changer sous prétexte qu'il en a un.
#Et à la fin
« Nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est » (1 Jean 3:2). Jean donne une cause, et c'est la même que Paul : nous lui ressemblerons parce que nous le verrons. Le mécanisme de la fin est celui du présent, porté à son terme. Aujourd'hui, nous contemplons comme dans un miroir, et nous sommes transformés lentement ; alors, nous verrons, et la ressemblance sera achevée.
Et puisque le modèle est un Fils ressuscité, qui a un corps, la restauration de l'image ne peut pas être une évasion hors du corps. Elle est corporelle, ou elle n'est pas la restauration de cette image-là.
#La communion rendue : une épouse bâtie
Troisième perte : la communion. Ils se sont cachés, accusés, chassés.
En Éphésiens 5, Paul cite Genèse 2:24 — « l'homme quittera son père et sa mère… et les deux deviendront une seule chair » —, puis il ajoute : « Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l'Église » (5:32). Ce n'est donc pas nous qui décidons de lire le couple d'Éden comme une figure : c'est Paul, et il se désigne lui-même.
L'étude sur le couple a montré qu'en Genèse 2:22 la femme n'est pas « façonnée » mais bâtie, בָּנָה, banah, avec le verbe de la construction du temple. La Septante traduit ᾠκοδόμησεν, de la racine οἰκοδομ-. Et dans la même lettre, trois chapitres plus tôt, Paul écrit de l'Église : « En lui tout l'édifice, bien coordonné, s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur » (Éphésiens 2:21) — οἰκοδομή, la même racine. Un jardin qui avait la forme d'un sanctuaire, une femme bâtie avec le verbe du temple, une Église qui est un édifice devenant temple : le vocabulaire n'a jamais changé de famille.
« Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. » — Éphésiens 5:25-27
Le premier Adam s'est tu pour se préserver ; le second « s'est livré lui-même ». Et regardez le dernier verbe : « faire paraître devant lui » — littéralement, se la présenter à lui-même. En Genèse 2:22, c'est Dieu qui amène la femme à l'homme : Adam reçoit une épouse des mains d'un autre. Ici, le Christ est à la fois celui qui la reçoit et celui qui l'amène. Il n'attend pas qu'on la lui donne : il va la chercher, il la lave, il la vêt — encore un vêtement — et il la présente.
Les Pères de l'Église ont aussi aimé rapprocher le côté ouvert d'Adam endormi, d'où la femme est bâtie, et le côté du Christ percé au Calvaire, d'où « il sortit du sang et de l'eau » (Jean 19:34). La Septante de Genèse 2:21 et Jean emploient bien le même mot, πλευρά. Mais le référent diffère — une côte prélevée d'un côté, le flanc percé par une lance de l'autre —, et Jean ne donne aucun signal de renvoi à la Genèse. C'est une méditation ancienne de l'Église, belle et non démontrée. Ce qui est établi, c'est le rapport entre le Christ et l'Église lui-même : Paul le pose en toutes lettres.
#À retenir
- La première promesse de la Bible est dite au serpent, avant que personne ait rien demandé. Le verbe est le même deux fois ; l'asymétrie est entre la tête et le talon. Et des traducteurs juifs, avant le Christ, y lisaient déjà quelqu'un.
- La charge est rendue : le gardien qui s'était tu est remplacé par un gardien qui se met devant.
- Le vêtement est rendu : le vêtement cousu est remplacé par un vêtement donné, et c'est Dieu qui habille. C'est la justification — extérieure, reçue, et pourtant vraie.
- Le souffle est rendu : le soir de Pâques, le dernier Adam fait le geste de Genèse 2:7.
- L'image est restaurée parce qu'on nous montre quelqu'un : on devient semblable à ce qu'on regarde, par l'Esprit, dans la parole de l'Évangile, progressivement.
- La communion est rendue : l'Église est bâtie, lavée, vêtue et présentée par celui-là même qui la reçoit.
Si vous cousez des feuilles. Ce n'est pas rien : c'est du travail, et cela répond à un vrai problème. Le seul défaut des feuilles de figuier, c'est qu'il faut les recoudre indéfiniment — les justifications, la réputation, la version présentable de soi. Le vêtement de Genèse 3:21, on ne le fabrique pas : on se laisse habiller. Si vous êtes fatigué de recoudre, la question n'est pas de coudre mieux.
Si vous trouvez que ça ne va pas assez vite. Les deux verbes de la restauration sont au présent et au passif : « nous sommes transformés », « qui se renouvelle ». Ce n'est pas une performance dont vous seriez en retard ; c'est un travail en cours dont vous n'êtes pas l'ouvrier. Cela ne vous rend pas inactif — Paul dit aussi « revêtez l'homme nouveau » (Éphésiens 4:24) —, mais votre part n'est pas de fabriquer le changement : c'est de vous exposer à ce qui le produit. Regardez. Écoutez-le annoncé. De gloire en gloire.
Qu'est-ce que vous regardez le plus, au long d'une semaine ordinaire ? Si l'on devient semblable à ce qu'on regarde, à qui êtes-vous en train de ressembler ?
#Vers la suite
La restauration est corporelle, parce que le modèle est un Fils ressuscité qui a un corps. Il reste donc à parler du corps — et c'est la dernière étape de ce parcours.
Que fait la mort, sinon défaire l'assemblage de poussière et de souffle de Genèse 2:7 ? Que devient l'être humain entre sa mort et la résurrection — et « l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné », est-ce la même destination pour tous ? Qu'est-ce, enfin, que la glorification : quand, et par quel moyen, serons-nous « semblables à lui » ?
#Références bibliques
- Genèse 3:15 ; Romains 16:20 ; Galates 3:16 — la promesse, le vainqueur et les siens
- Genèse 2:15 ; 3:6 ; Jean 17:12 ; 18:8 — le gardien muet, le gardien qui se met devant
- Genèse 3:6, 22 ; Philippiens 2:6-7 — saisir, ou recevoir
- Genèse 3:7, 21 ; Exode 28:4 — le vêtement cousu, le vêtement donné
- Zacharie 3:3-5 ; Ésaïe 61:10 ; Galates 3:27 ; Romains 5:17 — le vêtement dans toute la Bible
- Genèse 2:7 ; 1 Rois 17:21 ; Ézéchiel 37:9 ; Jean 20:22 — le souffle qui fait vivre
- Genèse 1:26 ; Colossiens 1:15 ; 2 Corinthiens 4:4 ; Romains 8:29 — le Christ est l'image
- 2 Corinthiens 3:18 ; 4:6 ; Colossiens 3:10 ; Éphésiens 4:24 ; 1 Jean 3:2 — on devient ce qu'on regarde
- Genèse 2:21-22, 24 ; Éphésiens 2:21 ; 5:25-32 ; Jean 19:34 — l'épouse bâtie
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