Leçon 6 / 7

La Grâce

La grâce n'est pas nouvelle : elle traverse toute la Bible. Ce qui est nouveau, c'est qu'elle gouverne. Un mystère caché depuis les âges, révélé « maintenant » : Juifs et nations en un seul corps, et « Christ en vous, l'espérance de la gloire ».

La leçon précédente s'est refermée sur une question : si l'homme a échoué quand Dieu ne lui demandait presque rien, puis quand il lui demandait tout, que reste-t-il à essayer ?

La réponse honnête est : rien. C'est pourquoi la sixième économie ne porte pas le nom d'un nouvel essai, mais celui d'un don. Dieu ne demande plus à l'homme de fournir quelque chose : il lui donne ce qu'il n'a jamais pu fournir.

Galates 3:13-14 (LSG)


Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous — car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois — afin que la bénédiction d'Abraham eût pour les païens son accomplissement en Jésus-Christ, et que nous reçussions par la foi l'Esprit qui avait été promis.

La croix, les nations, l'Esprit. C'est tout le programme de cette économie.

Rachetés de la malédiction… mais pas de la bénédiction ?

On entend dire que le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, mais non de ses bénédictions — santé, récoltes, victoires —, qui resteraient en vigueur. Le texte ne dit pas cela. Il parle de la bénédiction d'Abraham, et en donne aussitôt le contenu : l'Esprit promis. Les bénédictions de Deutéronome 28 appartenaient à l'alliance du Sinaï, abolie comme un tout ; celles du croyant sont « toute sorte de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » (Éphésiens 1:3).

Cette leçon fait suite à La Loi. Si vous arrivez directement ici, l'introduction du parcours explique ce qu'est une dispensation.

#Ce que « grâce » veut dire

Le grec dit charis : une faveur accordée librement, que rien, chez celui qui la reçoit, ne réclamait. Paul ne la définit pas, il l'oppose : au salaire, qui est « une chose due » (Romains 4:4), et à tout mélange : « Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par les œuvres ; autrement la grâce n'est plus une grâce » (Romains 11:6). Il n'y a pas de grâce à 90 %. Nous sommes « gratuitement justifiés par sa grâce » (Romains 3:24) — et le mot traduit « gratuitement » est celui de Jean 15:25 : « ils m'ont haï sans cause ».

Grâce et bonté fidèle

Le grec χάρις (charis) correspond à l'hébreu חֵן (chen), la faveur : « Noé trouva grâce » (Genèse 6:8). Un autre mot hébreu, חֶסֶד (chesed), est parfois traduit « grâce », mais il dit plutôt la bonté fidèle, la loyauté d'alliance — la Septante le rend surtout par eleos, miséricorde. Les deux se rejoignent en Dieu sans se confondre dans les mots.

Surtout, la grâce n'est pas nouvelle dans cette économie : nous l'avons trouvée dans chacune des cinq précédentes, jusqu'au Sinaï. Ce qui est nouveau, c'est qu'elle devient le principe de l'administration : « la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1:17), et le croyant est « non sous la loi, mais sous la grâce » (Romains 6:14). Sous la Loi, la grâce était présente. Sous la Grâce, elle gouverne.

#Ce que dit exactement Éphésiens 3:2

Éphésiens 3:2 (LSG)


si du moins vous avez appris quelle est la dispensation de la grâce de Dieu, qui m'a été donnée pour vous.

Qu'est-ce qui a été « donnée » à Paul ? En grec, le participe s'accorde avec la grâce : c'est la grâce qui lui a été donnée, celle d'« annoncer aux païens les richesses incompréhensibles de Christ » (3:8). Le mot oikonomia désigne donc d'abord la gestion confiée à Paul — en Colossiens 1:25, la Segond traduit simplement « la charge que Dieu m'a donnée ».

Peut-on alors parler d'une époque de la grâce ? Oui, mais pour une autre raison : ce que Paul administre est un mystère, et il le date chaque fois. Il « n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant » (Éphésiens 3:5) ; il était « caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant » (Colossiens 1:26). Le mot désigne la gestion ; c'est le « maintenant » qui fonde l'époque.

#De la Pentecôte à l'enlèvement

L'économie commence à la Pentecôte (Actes 2), quand l'Esprit est donné. Elle s'achève, selon la lecture que suit ce parcours, à l'enlèvement de l'Église :

1 Thessaloniciens 4:16-17 (LSG)


Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur.

La structure est celle de la Loi : close à la croix, jugée quarante ans après, en l'an 70. La Grâce se clôt à l'enlèvement, et son jugement — la colère de la tribulation — tombe ensuite, sur ceux qui restent. La clôture, puis le sceau.

Une position parmi d'autres

Ce parcours suit la lecture dite « prétribulationniste » : l'Église est enlevée avant la tribulation, qui reprend le programme de Dieu envers Israël — « un temps d'angoisse pour Jacob » (Jérémie 30:7). D'autres lectures, tout aussi attachées à l'Écriture, placent l'enlèvement au milieu ou à la fin de la tribulation. Le débat relève de la dernière leçon et ne change rien à ce qui caractérise la Grâce.

Sa durée ? On dit souvent « deux mille ans ». Mais c'est la seule des sept économies dont nous ne connaissons pas la durée, parce que nous sommes dedans : « Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Actes 1:7). Tout calcul qui prétend fixer la date dit plus que le texte.

Voici la grille de lecture, remplie pour la Grâce :

Entrée Grâce
Temps La Pentecôte → l'enlèvement de l'Église
Durée Près de deux millénaires à ce jour ; terme non révélé
Alliance Nouvelle alliance — inconditionnelle, reçue par la foi
Figure principale Paul, qui reçoit la révélation ; l'Église, qui la gère
Condition La foi, non méritoire
Évangile révélé Le mystère ; le Christ mort et ressuscité ; l'Esprit en chaque croyant
Échec de l'homme L'intendant altère le dépôt : l'apostasie de la chrétienté
Jugement La colère de la tribulation, après la clôture
Sacrifice L'offrande unique du Christ ; des sacrifices spirituels
Situation Un seul corps ; un accès direct à Dieu
Responsabilité Garder, transmettre et manifester le dépôt
Épreuve Recevoir la grâce comme grâce
Résultat Une foi rare, mais la totalité des nations entre
Conséquences Un peuple de toute tribu ; l'endurcissement d'Israël levé
Aperçu de la grâce La patience de Dieu : le délai lui-même

#Le mystère : un seul corps

En français, un « mystère » est ce qu'on ne peut pas comprendre. Chez Paul, c'est une vérité que Dieu tenait cachée et qu'il a maintenant révélée : non ce qu'on ne peut pas comprendre, mais ce qu'on ne pouvait pas savoir.

Éphésiens 3:3-6 (LSG)


C'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère sur lequel je viens d'écrire en peu de mots. En les lisant, vous pouvez vous représenter l'intelligence que j'ai du mystère de Christ. Il n'a pas été manifesté aux fils des hommes dans les autres générations, comme il a été révélé maintenant par l'Esprit aux saints apôtres et prophètes de Christ. Ce mystère, c'est que les païens sont cohéritiers, forment un même corps, et participent à la même promesse en Jésus-Christ par l'Évangile.

Le mystère n'a pas été révélé à Paul seul, mais « aux saints apôtres et prophètes ». Et son contenu n'est pas que les nations seraient bénies : l'Ancien Testament le savait depuis Abraham (Genèse 12:3). Ce qui était caché, c'est qu'elles deviendraient, avec Israël croyant, un seul corps, à égalité, sans passer par la circoncision ni par la Loi. Le Christ a voulu « créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau » (Éphésiens 2:15). Créer : ni Israël élargi, ni les nations ajoutées à Israël. Une création. Voilà ce qui fait de cette période une économie distincte.

Trois mots en « co- »

Éphésiens 3:6 accumule trois mots formés sur συν- (syn, avec) : συγκληρονόμα, cohéritiers ; σύσσωμα, membres d'un même corps — un mot que Paul semble avoir forgé ; συμμέτοχα, coparticipants. On objecte qu'Étienne appelle Israël « l'assemblée » au désert (Actes 7:38), avec le mot ekklesia. Mais ekklesia est un nom commun, employé ailleurs pour une foule en émeute (Actes 19:32) : la nouveauté de l'Église n'est pas dans le mot, elle est dans le corps.

Colossiens en donne la formule la plus dense : « Christ en vous, l'espérance de la gloire » (Colossiens 1:27) — et « vous », ce sont des païens de Colosses. Et l'Église a une fonction : « afin que les dominations et les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui par l'Église la sagesse infiniment variée de Dieu » (Éphésiens 3:10). Paul a reçu la révélation. L'Église la manifeste.

#Pourquoi la Pentecôte

Si le mystère a été révélé à Paul, pourquoi l'économie commencerait-elle avant sa conversion ? Certains la font d'ailleurs commencer avec lui. Mais Pierre désigne la Pentecôte comme « le commencement » (Actes 11:15). Or c'est le baptême de l'Esprit qui forme le corps :

1 Corinthiens 12:13 (LSG)


Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.

L'Église est encore future dans les évangiles — « je bâtirai mon Église » (Matthieu 16:18) —, et elle existe avant Paul, puisqu'il l'a persécutée (1 Corinthiens 15:9). D'où la formule : l'économie commence à la Pentecôte ; sa révélation doctrinale est confiée à Paul. Et ce qui commence ce jour-là, Jésus l'avait annoncé : l'Esprit « demeure avec vous, et il sera en vous » (Jean 14:17). Sous la Loi, il venait sur quelques-uns, pour un temps et une tâche. Désormais, il est en chaque croyant, et il y demeure.

#Et Israël ?

« Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Loin de là ! » (Romains 11:1). Il y a, « dans le temps présent », « un reste, selon l'élection de la grâce » (11:5). Et pour les autres, un endurcissement partiel, et daté :

Romains 11:25 (LSG)


Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c'est qu'une partie d'Israël est tombée dans l'endurcissement, jusqu'à ce que la totalité des païens soit entrée.

« Jusqu'à ce que » : en grec, exactement les mots de Galates 3:19, où la Loi était ajoutée « jusqu'à ce que vînt la semence ». La Loi portait sa date de fin dans son acte de naissance ; la Grâce aussi. Et Paul dit ce qui vient après : « Et ainsi tout Israël sera sauvé » (11:26). Ce n'est pas nous qui découpons l'histoire : c'est le texte qui la date.

#Deux manières de tomber

La réponse évidente à « qu'est-ce qui commence ? » serait : la liberté. Mais Paul doit la défendre sur deux fronts. Contre le retour à la Loi : « vous tous qui cherchez la justification dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce » (Galates 5:4) — on tombe de la grâce par le haut, en voulant ajouter. Et contre la licence : « Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! » (Romains 6:1-2). Une seule phrase répond aux deux :

Romains 6:14 (LSG)


Car le péché n'aura point de pouvoir sur vous, puisque vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce.

Au légaliste : vous n'êtes pas sous la loi. Au libertin : le péché ne sera plus votre maître. Et la cause : parce que vous êtes sous la grâce. La grâce n'est pas une tolérance envers le péché. C'est la fin de son règne.

#Une alliance testamentaire

L'alliance nouvelle annoncée par Jérémie est ratifiée à la veille de la croix : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous » (Luc 22:20). Chez Jérémie, tous les verbes sont à la première personne divine — je mettrai ma loi en eux, je l'écrirai, je pardonnerai — : pas de « si », le contraire exact d'Exode 19:5. Pour dire « alliance », la traduction grecque avait choisi diathêkê, la disposition fixée par une seule partie, le testament, plutôt que l'accord négocié entre partenaires.

Pourquoi faut-il alors croire ? Parce que la structure de l'alliance ne dépend pas de l'homme, mais qu'on y entre par la foi — et la foi n'est pas une œuvre : « c'est pourquoi les héritiers le sont par la foi, pour que ce soit par grâce » (Romains 4:16). La foi ne mérite pas la grâce : elle la reçoit. Promise « à la maison d'Israël et à la maison de Juda », cette alliance, ratifiée à la croix, applique dès maintenant ses bénédictions spirituelles à l'Église — Paul se dit « ministre d'une nouvelle alliance » (2 Corinthiens 3:6) —, et son volet national reste promis à Israël.

#Paul reçoit, l'Église gère

Paul n'est pas le fondement — « personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ » (1 Corinthiens 3:11). Il est celui qui reçoit et administre la révélation du mystère : il ne l'a « ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ » (Galates 1:12), il est « apôtre des païens » (Romains 11:13), et « c'est une charge qui m'est confiée », dit-il (1 Corinthiens 9:17) — en grec, une oikonomia.

Mais il n'est pas le seul intendant :

1 Pierre 4:10 (LSG)


Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu'il a reçu.

« Dispensateurs » traduit oikonomoi, et s'adresse à chacun. Et l'Église est « la maison de Dieu » (1 Timothée 3:15). Nous revenons au mot de départ du parcours, oikonomia, la gestion de la maison : la maison, c'est l'Église ; les intendants, ce sont les croyants.

Il y a donc deux intendances. Celle des apôtres, fondatrice, close une fois pour toutes : « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3). Et celle de l'Église, qui garde et transmet : « confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l'enseigner aussi à d'autres » (2 Timothée 2:2). L'Église n'ajoute rien au dépôt. Elle en répond. Et comme Israël sous la Loi, ce responsable collectif peut se diviser entre ceux qui gardent et ceux qui altèrent.

#L'intendant qui altère le dépôt

L'échec propre à cette économie n'est pas celui de Paul, mais celui de l'intendant : l'apostasie de la chrétienté professante.

2 Timothée 4:3-4 (LSG)


Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables.

L'ennemi n'est pas seulement dehors : « il s'élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses » (Actes 20:30). Et l'intendant altère le dépôt de deux manières, qui répondent aux deux chutes : par addition, en ajoutant à la grâce des mérites, des rites ou la Loi ; par soustraction, en retranchant de la vérité ce qui dérange, jusqu'à changer la grâce en permission. Dans les deux cas, ce qu'on rend n'est plus ce qu'on a reçu. Le diagnostic n'est pas culturel, il est doctrinal : « ils ne supporteront pas la saine doctrine ».

#Délivrés de la colère, jugés sur la fidélité

L'enlèvement n'est pas le jugement de cette économie : c'est une délivrance du jugement. Les croyants attendent « Jésus, qui nous délivre de la colère à venir » (1 Thessaloniciens 1:10). Le jugement, c'est la colère de la tribulation, qui tombe sur le monde qui a rejeté la grâce. (On la dit longue de sept ans : c'est une déduction tirée de Daniel 9:27 et de l'Apocalypse, cohérente, mais à présenter comme telle.)

Les intendants, eux, rendront compte : « il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps » (2 Corinthiens 5:10). Ce n'est pas une condamnation — « il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (Romains 8:1) —, mais une rétribution. Et le critère n'est ni le succès ni la taille : « ce qu'on demande des dispensateurs, c'est que chacun soit trouvé fidèle » (1 Corinthiens 4:2).

Le sacrifice, enfin, n'est plus offert : il est appliqué. « Par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés » (Hébreux 10:14), et « là où il y a pardon des péchés, il n'y a plus d'offrande pour le péché » (10:18). L'Église n'offre plus que des sacrifices spirituels : la louange, le partage, sa propre vie (1 Pierre 2:5 ; Hébreux 13:15-16).

#Ce que l'homme a enfin

Aucune économie n'avait donné cela : l'Esprit en chaque croyant, un seul corps sans mur de séparation, et un accès direct à Dieu — « nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire » (Hébreux 10:19). Sous la Loi, un seul homme, un seul jour par an ; sous la Grâce, tout croyant, tous les jours.

C'est ici que le troisième des quatre états de l'homme devient le régime normal : juste en Christ, et capable de ne pas pécher. Ce n'est pas la perfection — « si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes » (1 Jean 1:8) —, et le cas est prévu : « si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père » (1 Jean 2:1). Pouvoir ne pas pécher n'est pas ne plus pécher : c'est ne plus y être obligé.

L'épreuve de cette économie est de recevoir la grâce comme grâce. On la dit parfois « le test le plus facile ». C'est faux : « l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu » (1 Corinthiens 2:14). C'est l'épreuve où l'homme ne peut rien apporter, et c'est précisément ce que son orgueil supporte le moins. Après un interdit, l'absence de règle, un pouvoir, un délai et un code, voici un don — et le résultat ne change pas : « quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18:8). Mais la totalité des nations entrera : l'intendant peut échouer ; le plan, non.

#La patience est la grâce

Quel est l'aperçu de la grâce dans l'économie de la Grâce ? Il est, comme toujours, au cœur du jugement — et d'abord dans le délai lui-même. On se moque : « Où est la promesse de son avènement ? » (2 Pierre 3:4). Pierre répond :

2 Pierre 3:9 (LSG)


Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance.

« Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut » (3:15). Chaque jour que dure cette économie est un jour de grâce. Et au cœur même de la tribulation, une foule innombrable sera sauvée — « ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation » (Apocalypse 7:14) —, et d'Israël il est écrit : « ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont percé » (Zacharie 12:10).

Tite 2 tient toute cette économie entre ses deux bornes :

Tite 2:11-14 (LSG)


Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres.

Le texte s'ouvre sur une apparition — la grâce « a été manifestée » — et se ferme sur une autre, « la manifestation de la gloire ». Entre les deux, « le siècle présent ». L'économie de la Grâce tient entre deux épiphanies. Et au milieu, la grâce « nous enseigne » — littéralement, elle nous éduque. Sous la Loi, un surveillant au-dehors ; sous la Grâce, un maître au-dedans. Elle ne donne pas la permission de pécher : elle apprend à dire non.

Résumé
  • Ce qui est nouveau n'est pas la grâce, c'est qu'elle gouverne — et ce qu'elle administre est un mystère révélé « maintenant » : Juifs et nations en un seul corps.
  • Paul reçoit, l'Église gère. L'échec de cette économie est celui de l'intendant qui altère le dépôt, par ajout ou par retrait.
  • La Grâce, comme la Loi, porte son terme dans le texte : « jusqu'à ce que la totalité des païens soit entrée ».
  • Chaque jour de délai est un jour de patience divine.
Ce que cela change

Sur votre place. En Christ, vous n'êtes pas un invité toléré dans la maison d'un autre : vous êtes cohéritier — et intendant de la grâce reçue.

Sur vos ajouts et vos retraits. Qu'ajoutez-vous à la grâce pour vous sentir en règle ? Qu'en retranchez-vous pour vous sentir à l'aise ? Un intendant rend ce qu'il a reçu.

Sur l'attente. Le retour du Christ tarde : c'est une patience, non une absence. Chaque jour de délai est une porte encore ouverte pour quelqu'un que vous connaissez.

#Vers la septième dispensation : la Plénitude des temps

Faites le compte des six épreuves. Un interdit — et l'homme a désobéi. L'absence de règle — et il a suivi son cœur jusqu'au déluge. Un pouvoir — et il a bâti Babel. Un délai — et il a fait lui-même ce que Dieu avait promis. Un code parfait — et il en a fait sa propre justice. Un don gratuit — et il l'a altéré.

Il reste une situation que l'homme n'a jamais connue, et Paul lui a déjà donné son nom :

Éphésiens 1:10 (Darby)


pour l'administration de la plénitude des temps, savoir de réunir en un toutes choses dans le Christ, les choses qui sont dans les cieux et les choses qui sont sur la terre, en lui

La « plénitude du temps » de Galates 4:4 avait mis fin à la minorité de l'héritier ; la « plénitude des temps » ouvrira le Royaume. Et si le Christ régnait lui-même, visiblement, sur la terre ? Si Satan était lié (Apocalypse 20:2-3) ? C'est la septième économie : la Plénitude des temps.

Question de réflexion

Sans tentateur, sous le meilleur des rois, l'homme serait-il enfin fidèle ?

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