Catégorie : Théologie propre
Un même homme peut être père à la maison, fils chez ses parents, et collègue au travail. Une personne, trois rôles. C'est l'image la plus courante pour expliquer la Trinité, et c'est exactement le modalisme.
#Définition
Le modalisme (aussi appelé sabellianisme) est la doctrine selon laquelle Dieu est une seule personne, qui se manifeste successivement sous trois modes : comme Père dans la création et la Loi, comme Fils dans l'incarnation, comme Esprit dans l'Église. Père, Fils et Esprit seraient trois noms ou trois rôles, et non trois personnes distinctes.
#Ce qu'il affirmait
Le modalisme apparaît vers 200. Noët de Smyrne, puis Praxéas, l'enseignent en Asie Mineure et à Rome. Sabellius lui donne sa forme la plus élaborée à Rome, vers 215, et est excommunié vers 220. Il parlait de trois prosôpa, un mot qui désignait d'abord les masques du théâtre.
Une conséquence en découle, que ses adversaires ont nommée patripassianisme : si le Fils est le Père sous un autre mode, alors c'est le Père qui est né, qui a souffert et qui est mort. Tertullien résumait la doctrine de Praxéas d'une formule : il a « crucifié le Père ».
Le modalisme s'appuyait sur trois textes :
- « Moi et le Père nous sommes un » (Jean 10:30) ;
- « Celui qui m'a vu a vu le Père » (Jean 14:9) ;
- le Messie appelé « Père éternel » (Ésaïe 9:5).
#Pourquoi il séduisait
Le modalisme défend avec sincérité ce qu'Israël confessait chaque jour : « l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel » (Deutéronome 6:4). Il garde la divinité pleine du Fils, ce qu'ignoraient l'ébionisme et l'adoptianisme. Et il est facile à expliquer. Mais pour garder l'unité, il sacrifie la relation.
#Ce que l'Écriture répond
Le modalisme ne résiste pas aux textes où les trois sont présents en même temps, et se parlent.
Jean 8:17-18 (Segond)
Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai ; je rends témoignage de moi-même, et le Père qui m'a envoyé rend témoignage de moi.
Jésus invoque la loi des deux témoins. Si le Père et lui n'étaient qu'une personne sous deux noms, il n'y aurait qu'un témoin, et l'argument serait une tromperie.
| Le modalisme dit | L'Écriture montre |
|---|---|
| Un seul personnage, trois moments successifs | Au baptême, le Fils dans l'eau, l'Esprit qui descend, la voix du Père : les trois à la fois (Matthieu 3:16-17) |
| Le Fils est le Père sous un autre mode | Le Fils prie le Père (Jean 17:1) et l'aime « avant la fondation du monde » (Jean 17:24) |
| L'Esprit est le Fils revenu autrement | « Il vous donnera un autre consolateur » (Jean 14:16) |
| Un seul rôle à la fois | « La Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu » (Jean 1:1) |
Et les textes invoqués ne disent pas ce qu'on leur fait dire :
- Jean 10:30. En grec, « un » est au neutre (hen) : une seule chose, et non une seule personne (heis). Surtout, le verbe est au pluriel : « nous sommes ». Deux sujets, une seule réalité.
- Jean 14:9. Voir le Fils, c'est voir le Père, parce que le Fils le révèle parfaitement (Jean 1:18), comme une image montre celui qu'elle représente (Colossiens 1:15). On ne dit pas d'une image qu'elle est son modèle.
- Ésaïe 9:5. « Père éternel » décrit la manière dont le Messie règne sur son peuple, en père, pour toujours. Le titre ne l'identifie pas à la première personne de la Trinité.
#Pourquoi cela compte
Si Dieu n'est qu'une seule personne, alors avant la création il n'y avait personne à aimer, et « Dieu est amour » (1 Jean 4:8) devient une qualité acquise avec le monde. La prière de Jésus n'est plus qu'un monologue, sa soumission au Père une mise en scène. La Trinité n'est pas une complication ajoutée à l'unité : elle est ce qui rend l'amour éternel. Voir Trinité.
- Dans nos images. L'eau, la glace et la vapeur ; l'homme père, fils et collègue : chaque fois, une seule réalité sous trois états ou trois rôles successifs. C'est le modalisme, même chez des chrétiens qui confessent la Trinité.
- Dans le pentecôtisme dit « unitaire ». Apparu aux États-Unis vers 1913-1916, ce courant, qui se nomme parfois « Jésus seul », enseigne que Père, Fils et Esprit sont trois manifestations d'une seule personne divine, Jésus.
- Dans la prière. Remercier le Père « d'être mort pour nous », c'est, sans le vouloir, parler en modaliste.