Catégorie : Christologie
Nous sommes fils de Dieu par adoption (Galates 4:5). L'adoptianisme dit la même chose de Jésus. C'est là son erreur : il met le Fils au même rang que ceux qu'il est venu adopter.
#Définition
L'adoptianisme est la doctrine selon laquelle Jésus était un homme, né comme les autres, que Dieu a adopté comme son Fils en raison de sa sainteté, le plus souvent au moment de son baptême, lorsque l'Esprit est descendu sur lui. Le Christ serait ainsi devenu Fils, au lieu de l'être éternellement.
#Ce qu'il affirmait
Vers 190, Théodote de Byzance, un corroyeur venu à Rome, enseigne que Jésus était un homme sur lequel l'Esprit est descendu au Jourdain, et qu'il a reçu alors une puissance divine. L'évêque Victor l'excommunie. Au siècle suivant, Paul de Samosate, évêque d'Antioche, soutient une position proche, et un synode le dépose en 268.
Les historiens parlent aussi de monarchianisme dynamique : on préserve la monarchie, l'unicité de Dieu, en faisant du Christ un homme habité par une dynamis, une puissance divine. Le modalisme protège la même unicité par l'autre bout.
L'adoptianisme s'appuyait sur des textes réels :
- la voix au baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Matthieu 3:17) ;
- le Psaume 2:7 : « Tu es mon fils ! Je t'ai engendré aujourd'hui » ;
- Romains 1:4 : « déclaré Fils de Dieu avec puissance [...] par sa résurrection ».
#Ce que l'Écriture répond
Chacun de ces textes, lu dans son contexte, dit l'inverse.
Au baptême, le Père déclare. Il ne fait pas. « Celui-ci est mon Fils » : la voix constate ce qui est déjà. Et Luc a déjà donné ce titre à Jésus avant sa naissance :
Luc 1:35 (Segond)
L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
« Aujourd'hui » est le jour de l'intronisation. Le Psaume 2 célèbre le roi installé sur Sion. Le Nouveau Testament l'applique à la résurrection (Actes 13:33) : le jour où le Fils est publiquement établi dans son règne, pas celui où il commence d'exister comme Fils.
« Déclaré » n'est pas « fait ». Romains 1 commence en disant que l'Évangile « concerne son Fils (né de la postérité de David, selon la chair) » (Romains 1:3). Il est Fils avant d'être déclaré tel. La résurrection manifeste avec puissance ce qu'il était déjà.
Et surtout, l'Écriture fait du Fils le créateur : Dieu « a créé le monde » par lui (Hébreux 1:2). Il demande à retrouver « la gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jean 17:5). Jean n'écrit pas qu'une Parole est venue sur un homme, mais que « la parole a été faite chair » (Jean 1:14).
#Pourquoi cela compte
Si Jésus est un fils adopté, il est de notre côté de la frontière : une créature élevée, et rien de plus. Or notre adoption repose sur la sienne, qui n'en est pas une. « Dieu a envoyé son Fils [...] afin que nous reçussions l'adoption » (Galates 4:4-5). Il fallait qu'il soit Fils par nature pour que nous puissions devenir fils par grâce. Voir Adoption.
- Au VIIIe siècle, en Espagne, Élipand de Tolède et Félix d'Urgel parlent du Christ, selon son humanité, comme d'un « fils adoptif ». Le concile de Francfort (794) rejette la formule : on ne peut pas avoir deux fils, l'un naturel, l'autre adoptif.
- Aujourd'hui, il revient sous une forme douce : Jésus serait un homme si pleinement ouvert à Dieu qu'il est devenu « divin », au lieu d'être Dieu venu dans la chair.
- Dans la piété, il affleure quand on fait du baptême de Jésus le moment où il « devient » le Christ, alors que l'Esprit vient l'oindre pour son ministère, non le faire Fils.