Catégorie : Christologie
L'ébionisme ne voyait en Jésus qu'un homme. Le docétisme fait l'erreur inverse : il ne voit en lui qu'un Dieu, et l'homme n'est plus qu'une apparence.
#Définition
Le docétisme (du grec dokeô, « paraître ») est la doctrine selon laquelle le Christ n'a eu qu'une apparence humaine : son corps, ses souffrances et sa mort n'auraient pas été réels, parce qu'un être divin ne peut ni s'unir à la matière ni souffrir.
#Ce qu'il affirmait
Le docétisme n'est pas une école unique, mais une tendance présente dès la fin du Ier siècle, surtout dans les courants gnostiques. Tous partent de la même conviction : la matière est mauvaise, ou du moins indigne de Dieu. Un Christ divin ne pouvait donc pas avoir une vraie chair.
Selon les maîtres, cela donnait :
- un corps fantôme, qui ne laissait pas de trace de pas ;
- un Christ qui quitte l'homme Jésus avant la croix, laissant mourir un autre que lui ;
- chez Basilide (IIe siècle), un substitut : Simon de Cyrène aurait été crucifié à sa place.
Vers 110, Ignace d'Antioche, en route vers son martyre, écrivait contre ceux qui disent qu'il a souffert « en apparence » : si sa souffrance n'était qu'apparente, disait-il, alors mes chaînes aussi sont une apparence, et je meurs pour rien.
#Pourquoi il séduisait
Le docétisme croit protéger la grandeur de Dieu. Un Dieu qui a faim, qui se fatigue, qui saigne, cela semble indigne. Il est plus « spirituel » de le placer au-dessus du corps. C'est une piété qui méprise ce que Dieu a créé.
#Ce que l'Écriture répond
Jean ne laisse pas cette question ouverte. Il en fait le critère même de la vérité :
1 Jean 4:2-3 (Segond)
Reconnaissez à ceci l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu, c'est celui de l'antéchrist.
Les apôtres insistent sur le toucher, le sens le moins trompable : ce « que nos mains ont touché, concernant la parole de vie » (1 Jean 1:1). Et le ressuscité lui-même réfute le docétisme d'avance : « touchez-moi et voyez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai » (Luc 24:39). Puis il mange devant eux (Luc 24:42-43).
| Le docétisme dit | L'Écriture dit |
|---|---|
| Une apparence de corps | « Tu m'as formé un corps » (Hébreux 10:5) |
| Une souffrance simulée | « Il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pierre 2:24) |
| Une mort apparente | Du côté percé, « il sortit du sang et de l'eau » (Jean 19:34) |
| La divinité hors de la matière | « En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité » (Colossiens 2:9) |
#Pourquoi cela compte
Si le corps du Christ n'était qu'une apparence, sa mort l'était aussi, et notre rédemption avec elle. Le docétisme ne touche pas seulement Noël : il vide la croix et la résurrection. Et il abîme notre propre corps, que Dieu a formé et qu'il ressuscitera (voir La constitution de l'être humain).
- La spiritualité qui méprise le corps. Toute piété qui traite le corps comme une prison ou un obstacle, plutôt que comme l'ouvrage de Dieu, porte la marque du docétisme.
- Une crucifixion en apparence. L'idée que Jésus n'aurait pas réellement été crucifié, et qu'un autre ou une illusion aurait pris sa place, a traversé les siècles. On en trouve un écho dans le Coran (sourate 4:157).
- Un Jésus qui ne sentait rien. Le représenter insensible à la faim, à la tentation ou à l'angoisse, c'est oublier qu'« il a été tenté comme nous en toutes choses » (Hébreux 4:15).