Glossaire

Apollinarisme

Le Christ aurait un corps humain, mais le Verbe divin aurait pris la place de son esprit humain. Réponse de Grégoire de Nazianze : « ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri ».

Avancé

Catégorie : Christologie

Apollinaire était un défenseur de Nicée, un ami d'Athanase, un adversaire acharné d'Arius. C'est en voulant protéger la divinité du Christ qu'il a mutilé son humanité.

#Définition

Apollinarisme

L'apollinarisme est la doctrine selon laquelle le Christ avait un corps humain et une âme animale, mais pas d'esprit humain : le Verbe divin (le Logos) aurait pris la place de l'intelligence et de la volonté humaines. Le Christ serait ainsi pleinement Dieu, mais pas pleinement homme.

#Ce qu'il affirmait

Apollinaire, évêque de Laodicée en Syrie (vers 310-390), se pose une question réelle : comment une seule personne peut-elle être à la fois Dieu et homme sans devenir deux ? Sa solution s'appuie sur une anthropologie en trois parties, qu'il lisait en 1 Thessaloniciens 5:23 : le corps, l'âme qui anime le corps, et l'esprit (noûs), siège de la pensée et de la volonté.

Dans le Christ, dit-il, le Verbe occupe la place de l'esprit. Un corps et une âme humains, animés par une intelligence divine : une seule personne, sans conflit possible.

Il y voyait deux avantages. Le Christ ne pouvait pas avoir deux volontés, puisqu'il n'avait qu'une intelligence. Et il ne pouvait pas pécher, puisque l'esprit humain, siège des choix, était remplacé par Dieu lui-même.

#Comment l'Église l'a écarté

Un synode réuni à Rome par l'évêque Damase le condamne en 377, puis le concile de Constantinople en 381. La réponse la plus célèbre vient de Grégoire de Nazianze, dans une lettre à Clédonius :

Ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri ; ce qui est uni à Dieu, cela est sauvé.

Le Christ sauve ce qu'il prend. S'il n'a pas pris d'esprit humain, notre esprit, c'est-à-dire ce par quoi nous pensons, choisissons et péchons, reste hors du salut. Or c'est précisément ce qui avait le plus besoin d'être sauvé.

#Ce que l'Écriture répond

Les évangiles montrent en Jésus tout ce qu'Apollinaire lui retirait.

Un esprit humain. « Jésus fut troublé en son esprit » (Jean 13:21). Sur la croix, il le remet au Père :

Luc 23:46 (Segond)


Jésus s'écria d'une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.

Le Verbe éternel ne se remet pas entre les mains du Père en expirant. C'est un esprit humain qui quitte un corps humain, comme en toute mort.

Une intelligence humaine qui grandit et qui ignore. « Jésus croissait en sagesse » (Luc 2:52). Il dit du jour de son retour : « personne ne le sait, [...] ni le Fils, mais le Père seul » (Marc 13:32). Une intelligence divine ne croît pas et n'ignore rien.

Une volonté humaine qui se soumet. À Gethsémané : « Mon âme est triste jusqu'à la mort », puis « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Matthieu 26:38-39). L'obéissance du Christ n'est réelle que si elle est celle d'une volonté humaine.

Et l'Écriture fait de sa ressemblance complète avec nous une nécessité : il « a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères » (Hébreux 2:17), et « il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché » (Hébreux 4:15). Un Christ sans esprit humain n'aurait pas été tenté comme nous.

#Ce que l'anthropologie change

L'apollinarisme repose sur un homme en trois étages, où l'on peut retirer un étage et en loger un autre à sa place. Or l'Écriture, chaque fois qu'elle divise réellement l'homme, le divise en deux : un corps et un esprit, dont l'union fait un être vivant. L'âme et l'esprit sont deux mots pour un même homme intérieur (voir Corps, âme et esprit : faut-il vraiment compter trois ?). Retirer au Christ son esprit humain, ce n'est donc pas enlever une pièce : c'est lui retirer l'homme intérieur, ce qui fait un homme.

Où il revient
  • Un Jésus qui « jouait » l'humain. L'imaginer faisant semblant de ne pas savoir, ou d'avoir peur à Gethsémané, c'est remplacer son intelligence humaine par la divinité, comme Apollinaire.
  • Une tentation sans combat. Dire qu'il ne pouvait être « vraiment » tenté parce que Dieu pensait en lui, c'est vider Hébreux 4:15 et nous priver d'un souverain sacrificateur qui peut « compatir à nos faiblesses ».

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