Catégorie : Sotériologie
Le mot fait peur à beaucoup, comme si Dieu avait tiré au sort. L'Écriture l'emploie au contraire pour rassurer.
#Définition
L'élection est le choix que Dieu fait librement, par grâce. Dans l'Écriture, elle désigne souvent un appel à une mission : Israël, un roi, les apôtres. Appliquée au salut, elle est en Christ, l'Élu : avant la fondation du monde, Dieu a choisi un peuple en lui et fixé son but, être saint et adopté. On y entre par la foi.
#Choisis pour une mission
Quand Dieu choisit quelqu'un, ce n'est pas toujours pour fixer son salut éternel. C'est souvent pour lui confier une tâche dans son dessein.
| Élu | Pour quoi | Texte |
|---|---|---|
| Israël | Être le peuple de l'alliance, porter les promesses, être « la lumière des nations » | « l'Éternel, ton Dieu, t'a choisi, pour que tu fusses un peuple qui lui appartînt » (Deutéronome 7:6) ; Ésaïe 49:6 |
| Cyrus | Libérer Israël de Babylone | « je t'ai appelé par ton nom […] quoique tu ne me connusses pas » (Ésaïe 45:4, Darby) |
| Les apôtres | Aller et porter du fruit | « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez » (Jean 15:16) |
Tous les Israélites n'ont pas été sauvés, Cyrus ne connaissait pas Dieu, et Judas faisait partie des Douze : « N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l'un de vous est un démon ! » (Jean 6:70). Dans ces textes, l'élection concerne une fonction, une vocation, un rôle dans le plan de Dieu. Celle d'Israël n'est pas révoquée, car « Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » (Romains 11:29).
#Christ, l'Élu
« Voici mon serviteur, que je soutiendrai, mon élu, en qui mon âme prend plaisir » (Ésaïe 42:1). À la transfiguration, le Père le redit : « Celui-ci est mon Fils élu : écoutez-le ! » (Luc 9:35). Avant d'élire qui que ce soit, Dieu a choisi son Fils.
Éphésiens 1:4-5 (Segond)
En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté.
« En lui » : Paul le répète tout au long du passage (Éphésiens 1:3, 4, 7, 10, 11). L'élection est christocentrique et collective : Dieu a choisi Christ, et décidé que tous ceux qui seraient en lui partageraient son héritage. L'objet premier du décret est un peuple en Christ, non une sélection préalable d'individus encore incroyants. On n'est pas élu hors de Christ : on le devient en entrant en lui, et l'on y entre par la foi, « par la sanctification de l'Esprit et par la foi en la vérité » (2 Thessaloniciens 2:13).
#Le but, non le moyen
Paul ne dit pas « il nous a élus pour que nous croyions », ni « afin de recevoir la foi ». Il dit : « pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui ». La phrase grecque exprime un but ; au verset suivant, la préposition eis dit de même la destination : « à être ses enfants d'adoption » (Éphésiens 1:5).
L'élection porte donc sur la destination du peuple de Dieu : la sainteté, l'adoption, la ressemblance au Fils (Romains 8:29). Le texte ne parle pas d'un choix de certains pour recevoir une foi irrésistible. Dieu sait d'avance qui croira (1 Pierre 1:2), mais il « veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Timothée 2:4).
#Deux lectures
Élection en Christ
Dieu élit un peuple en Christ, et fixe son but. On y entre par la foi, qui n'est pas un mérite, mais la condition.
Éphésiens 1:4 · 1 Pierre 1:2 · 2 Thessaloniciens 2:13
Élection inconditionnelle
Dieu élit des individus sans égard à leur foi future, et leur donne la foi. Les autres sont laissés dans leur péché.
Romains 9:11-16 · Actes 13:48 · Jean 6:44
C'est la première lecture qui est retenue ici. La seconde s'appuie surtout sur Romains 9, mais Paul y parle de Jacob et d'Ésaü comme de « deux nations » (Genèse 25:23) : c'est une élection pour un rôle dans l'histoire du salut, comme celle d'Israël. Le chapitre s'achève d'ailleurs sur la cause de l'échec d'Israël : « parce qu'Israël l'a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres » (Romains 9:32).
- Une porte fermée. « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Romains 10:13).
- Une dispense de croire. On ne se sait pas élu hors de la foi, ni ne le reste en l'abandonnant : « affermir votre vocation et votre élection » (2 Pierre 1:10).
- Un fatalisme. Que Dieu sache d'avance ne veut pas dire qu'il cause. Voir Providence.