Catégorie : Christologie
Le nestorianisme séparait trop. L'eutychianisme, en réaction, unit tellement qu'il ne reste plus rien à unir : l'humanité du Christ disparaît dans sa divinité.
#Définition
L'eutychianisme est la doctrine selon laquelle, après l'incarnation, le Christ n'a plus qu'une seule nature : l'humanité, absorbée par la divinité, aurait cessé d'exister comme nature distincte. Le Christ ne serait donc plus « de même nature que nous » selon son humanité.
#Ce qu'il affirmait
Eutychès (vers 378-456) est un moine âgé et respecté de Constantinople, adversaire farouche de Nestorius. En 448, interrogé par un synode présidé par le patriarche Flavien, il déclare :
Je confesse que notre Seigneur était de deux natures avant l'union ; après l'union, je confesse une seule nature.
Il hésite aussi à dire que le corps du Christ est de même nature que le nôtre. Pour décrire ce type de position, on a souvent employé l'image d'une goutte de miel versée dans l'océan : elle y est, mais on ne peut plus la distinguer de l'eau.
#Comment l'Église l'a écarté
Condamné en 448, Eutychès est réhabilité l'année suivante par un concile réuni à Éphèse dans la violence, que l'évêque de Rome Léon a appelé le « brigandage d'Éphèse ». Léon avait envoyé une lettre, le Tome à Flavien, qu'on empêcha d'y lire. En 451, le concile de Chalcédoine l'adopte et formule la foi de l'Église :
Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Fils unique, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation.
Les deux premiers termes répondent à Eutychès : les natures ne se mélangent pas et ne se transforment pas l'une en l'autre. Les deux derniers répondent à Nestorius : elles ne forment pas deux sujets. Chalcédoine ne résout pas le mystère. Elle trace les quatre bords du chemin, au-delà desquels on tombe dans l'erreur.
#Ce que l'Écriture répond
Le Christ reste pleinement homme, et il le reste pour toujours.
Hébreux 2:14 (Segond)
Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il anéantît celui qui avait la puissance de la mort, c'est-à-dire le diable.
Sa chair est la nôtre, sinon il n'aurait pas pu mourir à notre place. Et cette humanité n'est pas absorbée après la résurrection :
| L'eutychianisme dit | L'Écriture dit |
|---|---|
| L'humanité se dissout dans la divinité | Le ressuscité a « chair et os » et mange devant ses disciples (Luc 24:39-43) |
| Il n'est plus homme comme nous | « Un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Timothée 2:5), au présent |
| Une seule nature, divine | « Ce Jésus [...] reviendra de la même manière » (Actes 1:11) |
Paul l'appelle homme après son ascension. Le Fils n'a pas pris notre nature pour un temps, comme un vêtement qu'on quitte : il la garde, glorifiée, à la droite du Père.
#Pourquoi cela compte
Si l'humanité du Christ s'est fondue dans sa divinité, alors il n'y a plus d'homme à la droite de Dieu pour nous représenter. Le souverain sacrificateur qui « compatit à nos faiblesses » (Hébreux 4:15) n'existerait plus. Et notre propre espérance, une résurrection du corps sur le modèle du sien (Philippiens 3:21), perdrait son modèle.
Les Églises orientales dites « non chalcédoniennes » (copte, éthiopienne, arménienne, syriaque) ont refusé la formule de Chalcédoine et parlent d'« une seule nature incarnée du Verbe ». Mais elles condamnent aussi Eutychès, et confessent que le Christ est pleinement homme. Les dialogues du XXe siècle ont montré qu'une grande part du désaccord portait sur les mots. On ne doit donc pas les confondre avec l'eutychianisme.
- Un Christ glorifié qui ne serait plus homme. Imaginer qu'à l'ascension il a « quitté » son humanité pour redevenir seulement Dieu, c'est l'eutychianisme, appliqué au ciel.
- Une humanité en surface. Tout discours où l'humanité de Jésus ne compte plus, parce que « de toute façon il était Dieu », finit par la dissoudre comme la goutte dans l'océan.